Le Café littéraire de la Terrasse - L'atelier d'écriture
Socrate
Rome
La Lavardin

Café Littéraire de la Terrasse - L'atelier d'écriture

Les séances de l'atelier d'écriture reprendront à partir du 18 octobre 2008. Elles se dérouleront chaque samedi de 16 heures 30 à 18 heures (nouvel horaire), sauf les samedis de rencontres. La participation aux frais est de 8 € par séance. Il n'est nul besoin de posséder des compétences particulières pour en suivre le déroulement. L'atelier est ouvert à tous, sans distinction d'âge. Il est là aussi pour suppléer aux manques et s'adapter aux besoins de chacun.

On peut consulter sous ce lien des exemples de figures travaillées

L'art d'écrire n'est plus enseigné depuis longtemps. Nous avons, certes, appris à écrire, à dessiner nos lettres, oui, quoique bien souvent nous ayons du mal à nous relire.. Nous avons appris l'orthographe des mots, complexe en français car toutes les lettres ne se prononcent pas. Nous avons appris la place des mots dans les phrases, mais l'art d'écrire, celui qui porte, entre autres, le nom de rhétorique, non !

La rhétorique, telle que nous la connaissons mais elle est aussi arabe, chinoise ou indienne, a vu le jour en Grèce pendant la Haute Antiquité. Elle est née, d'une certaine façon, de l'art de convaincre professé par les sophistes, art si décrié par Platon lorsqu'il est détourné de ses fins. Son disciple Aristote, cependant, ne pourra pas ne pas écrire le traité qui porte ce nom et qui forme, avec l'Organon et la Poétique, trois oeuvres majeures sur l'appréhension du langage par le stagyrite. Il ne fut pas le seul théoricien du langage, loin de là, et bientôt de nombreux grammairiens grecs furent invités à Rome pour y prodiguer leur science. Puis Rome produisit à son tour de nouveaux théoriciens de la parole, tels Quintillien ou Cicéron. L'art oratoire et l'art d'écrire furent ainsi enseignés en occident pendant près de seize siècles et jusqu'à la fin du Moyen-âge. L'Université comptait alors deux niveaux, le trivium, avec ses classes de grammaire, de rhétorique et de dialectique, et le quadrivium, avec ses classes d'arithmétique, de géométrie, de musique et d'astronomie. Puis progressivement, et au fur et à mesure que l'oralité, c'est à dire la mémoire, perdait de sa vigueur au profit de l'écriture, la rhétorique, paradoxalement, perdit de son attrait pour devenir, dans le courant du XVIIIe siècle, un mot quasi trivial, désignant un art douteux, pompeux, trompeur.. C'est ainsi tout une approche de la langue qui reste enfermée dans les tiroirs et dans les bibliothèques et que seuls quelques linguistes ont fait renaître de ses cendres, par morceaux, par touches discrètes et sans en prononcer le nom. On ne doit cependant pas avoir peur du mot. Il n'est pas grossier. Il est encore utilisable et nous l'utiliserons.

En quoi consiste l'atelier d'écriture de Trôo ? D'abord en un travail sur le mot. Sans le mot, pas de phrase, mais le mot n'acquiert de réelle valeur, de sens singulier voire pluriels, que dans la phrase et plus loin dans le texte. Ainsi, le genre littéraire auquel on veut s'adonner oblige à choisir certains mots plutôt que d'autres, à choisir certaines images plutôt que d'autres. Le premier travail est donc un travail sur le vocabulaire à utiliser et sur les images qui y sont attachées. On se prépare à l'écriture comme on se prépare, en s'échauffant préalablement, à un effort physique intense. On dresse ainsi des portraits, on dresse des tableaux, on élabore le fil, on fait le tri dans ses images et dans ses mots, et lorsqu'on est prêt, mais à ce moment-là seulement, on passe à l'écriture de son texte. Des contraintes sont données à chaque séance. Il s'agit avant tout d'exercices qui doivent permettre d'enrichir sa panoplie d'outils discursifs. Corrélativement, des instruments sur la maîtrise de la conduite du récit sont donnés.

Chaque séance est ainsi partagée en quatre parties. La première partie est consacrée à l'exposition des figures, illustrée de textes issus de la littérature française, mais aussi, et pourquoi non ? de la littérature étrangère. La deuxième consiste dans le travail préparatoire à l'écriture : exposition d'un sujet à traiter, recherche des mots et des images à utiliser. La troisième est le passage à l'écriture (trois-quarts d'heure environ). La dernière partie est réservée à la discussion pendant laquelle chacun peut présenter sa grille, lire et faire commenter ses propres inventions. L'animateur s'oblige à préparer un texte qui corresponde aux figures travaillées et de le soumettre aux participants à titre d'exemple. Il ne s'agit pas de corriger ou d'amender, mais de faire naître, de la confrontation des textes, la pluralité des solutions et des interprétations que le sujet traité aura suscité chez chacun. La liberté d'écrire doit être le fin mot de la raison de l'existence de l'atelier. Mais la liberté ne s'acquiert qu'avec la connaissance des fins de l'écriture et plus loin du langage. On devra reconnaître, progressivement, que non seulement on a acquis des connaissances nouvelles sur la façon d'écrire, mais aussi sur celle de lire.. ses propres écrits comme ceux des autres. En cela, le choix des mots, l'organisation des phrases, le rythme qu'on leur confère, sont primordiaux.

Patrice Bérard - mars-octobre 2008

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