Le Café littéraire de la Terrasse
Weniko Ihage
Ryad Atlagh et Hachem Mouawieh
Jacques Mervant & Miren Arambourou-Mélèse

Café Littéraire de la Terrasse - Archives des rencontres

Samedi 13 décembre 2008 - Les thèmes, icônes et métaphores "universels" des contes, légendes et fables (hommage à Michel Aufray) Conférence, projection et débat par Patrice Bérard, diplômé de l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales.
C'est devant une salle comble (et je remercie tous les participants d'être venus si nombreux) que j'ai rendu hommage à la mémoire de Michel Aufray qui fut mon professeur à l'INALCO dans les années 80 en lui dédiant cette conférence sur les thèmes des fables, contes et légendes.
On trouvera sous ce lien l'ensemble des notes que j'avais préparées à cette occasion et les textes les accompagnant.

Samedi 8 novembre 2008 - Rencontre avec Jean-Claude Barreau
Jean-Claude Barreau est un casse-dogme. Ancien directeur de l'Institut National des Etudes Démographiques et directeur du département de culture générale du pôle universitaire Léonard de Vinci, il a su mettre à profit son érudition, ses connaissances et ses compétences pour rédiger un ouvrage sur l'Histoire de la France original et sans concession face aux a priori simplificateurs. Tout sépare un wallon d'un marseillais, un breton d'un alsacien. Et pourtant, ces populations différentes s'entendent dans le même pays, le même "pagus". Constat : la France intègre ; elle est restée romaine dans l'âme et elle a ménagé à la femme, par son catholiscisme, une place plus importante que bien d'autres nations et ceci malgré les apparences. Jean-Claude Barreau parle de son expérience personnelle. Né dans une famille athée, il a lu, à dix huit ans, les textes fondateurs de toutes les religions. Seuls les évangiles faisaient une place à la femme et qui plus est à la femme adultère. Aucun autre texte ne laisse place à la femme dans la société si ce n'est en qualité de servante procréatrice ou de marchandise.
Ce fut une belle leçon d'Histoire. Sans être provocateur, Jean-Claude Barreau bouscule à loisir les préjugés de toutes sortes, fustigeant par-ci la classe dirigeante timorée et trop souvent inculte, ou l'encensant par-là et à bon escient.

Jean-Claude Barreau a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels : Les enfants prodigues – Problèmes des bandes asociales et essai de solutions (avec Marc Oraison et Jacques Rochefort) (Fayard –1962) ; Annonce de Jésus Christ (Le Seuil– 1964) ; Le Prêtre dans la mission (avec Dominique Barbé) (Le Seuil – 1965) ; Demain, la Paroisse (avec Francis Connan) (Le Seuil – 1966); La foi d’un païen (Le Seuil – 1967) ; La reconnaissance ou qu’est-ce que la foi (Le Seuil – 1968); Où est le mal (Le Seuil – 1969) ; L’aujourd’hui des évangiles (Le Seuil – 1970) ; Qui est Dieu ? (Le Seuil – 1971) ; Questions à mon Église (Stock – 1972) ; La prière et la drogue (Stock – 1973) ; Du bon usage de la religion (Stock 1976) ; Les mémoires de Jésus (J.-C. Lattès – 1978) ; Le mur du mépris (Stock – 1978) ; La traversée de l’Islande (Stock – 1979) ; Le vent du désert (Belfond – 1981) ; Les innocents de Pigalle (J.-C. Lattès – 1982) ; Que vive la France ! Des vérités cachées sur l’histoire et l’actualité (Albin Michel – 1985) ; La foi qui reste (Le Seuil – 1987) ; Du bon gouvernement : Des vérités cachées sur l’histoire et l’actualité (Odile Jacob – 1988) ; De l’Islam en général et du monde moderne en particulier (Le Pré aux Clercs – 1991) ; Biographie de Jésus (Plon – 1993) ; Oublier Jérusalem (Actes Sud – 1993) ; Quelle morale pour aujourd’hui (Plon – 1994) ; Les vies d’un païen, mémoires (Plon – 1996) ; La France va-t-elle disparaître ? (Grasset – 1997) ; L’illusion de l’an 2000 (Grasset – 1998) ; Le coup d’État invisible (Albin Michel – 1998) ; Les vrais paroles de Jésus (Albin Michel – 1999) ; Destruction de la France (Plon – 2000) ; Tous les dieux ne sont pas égaux (J.-C. Lattès – 2001) ; Bandes à part – pour en finir avec la violence (Plon – 2003) ; La foi qui reste (Fayard – 2004) ; Toute l’histoire du monde, de la préhistoire à nos jours (avec Roger Bigot) (Fayard – 2005) ; Y a-t-il un Dieu ? (Fayard – 2006) ; Toute la géographie du monde (Fayard – 2007) ; Les racines de la France (Le Toucan, 2008). De nombreux titres ont été traduits en anglais, en allemand ainsi qu’en portugais.

Samedi 11 octobre 2008 - Rencontre avec Jacques Mervant
Où Jacques Mervant, psychanalyste, écrivain, musicien, rencontre, dans ses « Dangereuses Liaisons » le sulfureux Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos, auteur des « Liaisons Dangereuses ».
Dans un grenier du Dauphiné, à l’abandon depuis plus de deux siècles, se trouve une correspondance inédite entre Choderlos de Laclos et plusieurs des personnages de son roman. Jacques Mervant confie cette correspondance à Freud alors que ce dernier se trouve en Autriche, au même numéro d'une rue dont le nom est proche de celui où il réside. Coïncidence, transport, transfert ? Jacques Mervant interroge Freud pour lui demander si cet ensemble ne constitue pas, sous d'autres mots, l'ébauche de ce qu'il a appelé, sans le définir, le
transfert en psychanalyse ?
Qu'est-ce que la psychanalyse ? Que sont les rapports entre les êtres ? Autant de questions qui trouvèrent, au cours de cette rencontre avec Jacques Mervant, merveilleusement menée par Madame Miren Arambourou-Mélèse, psychanalyste, autant de réponses qu'elles ont suscité de questions nouvelles. La psychanalyse ne peut être théorisée. Elle est un instrument de découverte de soi-même par un autre et de sa propre histoire. Jacques Mervant a pris un point d'appui en ces correspondances entre chacun des personnages du roman de Choderlos de Laclos, lui empruntant son style qu'il manie avec brio, lui empruntant des phrases voire des paragraphes entiers, indécelables après même qu'il en a donné la totalité des références, pour montrer, pointer du doigt et de la plume, ce qu'il entend par le transfert, une performance en tous points remarquable. L'assistance ne s'y est pas trompée et le fil ne s'est rompu qu'au soleil couchant, sous la rouge lumière dont la plaine du Loir était alors baignée.
Jacques Mervant est psychiatre et psychanalyste. Il a publié Dangereuses liaisons et Être ou ne pas être né d'une femme, la tragédie de Macbeth aux éditions Alzieu.

Samedi 6 septembre 2008
Ecrire.. pour qui ? pour quoi ?
Rencontre avec Serge Livrozet
Je fis la connaissance de Serge Livrozet il y a environ trente cinq ans. Serge est un "personnage", un personnage de film, de roman policier et en lui demandant son concours dans le film L'Emploi du Temps, Laurent Cantet ne s'y était pas trompé.
Serge Livrozet est nature. Il professe avec le même enthousiasme les idées qui furent les siennes quarante ans plus tôt. Il ne change pas. Tour à tour bougon, plaisant, grave ou rieur, il martèle à qui veut l'entendre : "J'ai dix bouquins en préparation, mais à quoi ça sert, à quoi ça sert d'écrire puisque rien ne change."
Ecrire pour qui ? écrire pour quoi ? Serge est quelque peu désabusé. Il a milité. Il a écrit. Il a correspondu pendant ses années de prison avec Michel Foucault avec lequel il créa le Comité d'Action des Prisonniers. Puis il rencontra Sartre, Marin Karmitz, Maurice Clavel, Claude Mauriac et Philippe Gavi avec lesquels il reprit le titre du journal Libération. Mais, avec le recul... Une belle entreprise, Libé, mais très vite récupérée par July qui en fut le fossoyeur. Et les prisons ? Certes, les cellules d'isolement pour récalcitrants ont été peu ou prou abandonnées. Mais, se retrouver à cinq dans une cellule prévue pour deux, est-ce mieux que l'isolement ? Et puis, la prison existe toujours comme instrument à broyer du petit. Elle n'est pas là pour éduquer ou rééduquer, mais pour faire payer, cher, les dérives, réelles ou imaginaires (voir Outreau), du petit peuple, du sans nom, du sans grade ou du gros que l'on veut briser ! Bref, Serge parle, écrit, professe pour sa classe, celle des petites gens, des ouvriers, des voleurs, de ceux à qui l'on demande de peiner en se taisant. Serge est intarissable. Il crie, il dénonce, il vocifère ; mais parler ou écrire est vain. Serge est un Dom Quixotte fatigué de se battre contre des moulins et qui cite allègrement Rabelais. "Faisons bouger nos neurones", dit-il sans cesse, "ne nous faisons pas avoir par des discours creux qui nous empêchent de penser." Et de rêver...

Serge Livrozet a publié : De la Prison à la Révolte, préface de Michel Foucault (Mercure de France, 1973), Diégo ou la vie d'un chien de guerre (Mercure de France, 1974), La Rage des Murs, (Mercure de France, 1974), Hurle ! (Les Presses d'Aujourd'hui, 1976), Aujourd'hui la Prison (Hachette, 1976), Le Sang à la Tête (Les Lettres Libres, 1978), Lettre d'Amour à l'Enfant que je n'aurai pas (Les Lettres Libres, 1979), Jeva de Nazareth (Les Lettres Libres, 1980), Rue aux Ours (Les Lettres Libres, 1981), L'Empreinte (La Brèche, 1989), La Dictature Démocratique (Les lettres Libres, 1992), L'Outrage en plus (Manya, 1992), La Femme Truquée (Encrage éditions, 1994), Nice, Baie d'aisance (éditions Baleine, 1997).
Annie Livrozet a publié Femme de Voyou (Les Lettres Libres, 1984)

samedi 5 juillet 2008
Les Trois Secrets
Conférence par Olivier Jacquemond
Olivier Jacquemond me prévint, il y a quelques mois, de la parution au début de l'été de son dernier livre, Les Trois Secrets aux Editions Sens & Tonka. Il était enthousiaste à l'idée de venir le présenter à Trôo. Paris, certes, aurait la primeur, mais sans conférence, juste une signature. Trôo aurait les deux !
Olivier Jacquemond, jeune philosophe et professeur au Pôle Universitaire Léonard de Vinci, avait déjà publié, séparément, les deux premiers volets de cet ouvrage où ils sont tous trois réunis. Un travail mené sur cinq années, et un regard rétrospectif sur ces deux premiers esquissé dans le troisième. C'est une expérience délicate que celle de l'écriture d'un ouvrage sur plusieurs années.
C'est devant une salle comble qu'il livra le secret des secrets, y ajoutant la part personnelle qui ne pouvait trouver place dans son ouvrage. Et c'est avec bonheur qu'il répondit aux questions posées par quelques personnalités locales ou nationales présentes dans l'assistance parmi lesquelles Miren Arambourou-Mélèse, psychanalyste et essayiste, Lucien Mélèse, psychanalyste, Jean-Claude Barreau, romancier, essayiste, ancien conseiller de François Mitterrand, Jean-Pierre Klein, psychiatre honoraire des hôpitaux, fondateur de l'INECAT, l'Institut National d'Expression, de Création d'Art et Transformation, essayiste et dramaturge ainsi que Max Fullenbaum (voir plus bas).

samedi 21 juin 2008
La flore endémique de Trôo
Conférence, projection et divertissement animés par Pierre Le Goff
Toutes les plantes dont nous avons projeté les photographies se trouvent sous ce lien : index des plantes
Pierre Le Goff n'entrera jamais dans un café. Ce n'était pas bon pour moi. Mais ce café était aussi une librairie et un lieu de rencontre. Cela s'annonçait mieux. Il poussa donc la porte, celle de la librairie et non celle du café, quand bien même elles ne faisaient qu'un, un après-midi de septembre 2007. Il est devenu depuis un fervent participant des rencontres. Il me proposa un peu plus tard d'animer une rencontre sur les plantes de Trôo. J'acceptais avec joie.
Trôo a une situation privilégiée : une butte orientée plein sud, dominant la plaine du Loir, un milieu minéral qui emmagasine la chaleur pendant la journée, baigné, au petit matin, des brumes évaporées de la vallée. Un climat quasi sub-tropical. Les plantes, et certaines des plus rares, trouvent refuge sur les parties escarpées. Des habitants les protègent ou les domestiquent. Nous avons, entre les mois de février et mai 2008, parcouru les sentiers de Trôo afin de les découvrir et de photographier les plus remarquables.
Après la conférence, suivie par une cinquantaine de personnes, nous avons repris ces chemins et Pierre Le Goff a nommé et détaillé chacune chacune des plantes rencontrées. Une promenade sous un soleil resplendissant qui se termina passé vingt heures autour du pot de l'amitié.

samedi 31 mai 2008
Le théâtre grec sous l'empire romain (IIe - VIe siècles)
Conférence animée par Madame Ruth Webb, professeur associé aux Universités de Paris X et de Londres.
Madame Ruth Webb partage son temps, son temps de travail, son temps de loisirs, entre Londres, Paris et Trôo. C'est à Trôo qu'elle a écrit l'ouvrage dont elle a donné les clefs le 31 mai sur le théâtre tardif grec, avec beaucoup de talent, en illustrant ses propos des rares images que le temps nous a laissés. Elle a exploré en effet un domaine très peu connu et sur lequel seuls quelques témoignages écrits subsistent. Point de textes directs, puisque les pièces étaient souvent improvisées. Deux genres avaient remplacé, dès le IIe siècle de notre ère, la comédie et la tragédie classiques : le mime, sorte de vaudeville ou de farce, et la pantomime où un soliste muet danse sur scène en interprétant différents personnages, masculins et féminins, issus des mythes antiques. La confrontation alors s'effectue entre le christianisme devenu religion officielle et ce théâtre qui attire des milliers et des milliers de spectateurs. Ce n'est pas seulement le côté païen qui est montré du doigt, le côté souvent érotique ou paillard, mais aussi, et surtout, le principe dominant de l'unicité de la personne humaine, de sa permanence. Les spectateurs ne sont-ils pas transformés après avoir assisté à ces représentations comme le sont les acteurs qui jouent sur scène ? Un thème qui revient au galop dans notre société où les jeux vidéo sont montrés, de la même façon, du doigt.
Madame Webb a publié "Demons and Dancers, Performance in Late Antiquity". Elle animera un atelier d'initiation au grec ancien pendant le mois d'août au Café Littéraire de la Terrasse à Trôo.

samedi 17 mai 2008
Vos poètes préférés
Rencontre réservée au public, animée et soutenue par Max Fullenbaum et Patrice Bérard
A quelques mètres du Café de la Terrasse, un échafaud tubulaire avait été dressé pour quelques semaines. C'est sur cet échafaud acoustique que se sont succédés les quelques volontaires qui ont lu ou récité les textes de leurs poètes préférés. Cette très belle expérience de récitation en plein air sera réitérée, promis.

samedi 11 avril 2008
La Mémoire et l'Oubli
Dialogue autour du Devoir de mémoire animé par Max Fullenbaum (1) et Patrice Bérard
J’appris jeudi que notre intervenant, qui devait animer la rencontre du samedi, ne pouvait se dégager de ses obligations familiales et professionnelles. J’aurais pu annuler cette rencontre mais elle était prévue de longue date et je songeais à ceux qui avaient projeté de la suivre et qui ne pourraient être prévenus à temps. Certains viennent parfois de loin et je désirais tenir mes engagements. Je décidai donc de la maintenir, de provoquer un nouveau sujet et demandai à mon ami Max Fullenbaum s’il pouvait me seconder. Il accepta de bon cœur. C’est ainsi que j’élaborais la trame du sujet que je comptais développer, la Mémoire et l’Oubli .
L’argument en était né d’une petite phrase qui avait défrayé la chronique, quelques semaines auparavant, autour du
Devoir de mémoire. Il ne s’agissait pas de le traiter d’une façon politique ou polémique, mais d’analyser ce que sont Mémoire et Oubli à l’aune de la formation, de la transmission et de la transformation de la mémoire collective comme de la mémoire individuelle. Je ne résumerais pas la conférence qui se déroula de façon agréable pour les participants, pour ce qu’ils m’en ont dit à la fin de la rencontre, comme pour les intervenants. Monsieur Max Fullenbaum se chargea de la partie littéraire. Je me chargeais des parties anthropologique et philosophique attachées au sujet. Je remercie au passage Miren et Lucien pour leur participation active et leurs interventions fines et opportunes pendant le déroulement de la rencontre.
Mais à l’attention de ceux qui suivent l’atelier d’écriture je rappellerais qu’un sujet peut se traiter et se développer en élaborant préalablement une table des inverses et des analogues et sur le principe héraclitéen présent dans l’aphorisme :
ils ne comprennent pas comment la chose allant en sens contraire va justement dans le même sens. En l’occurrence, la table que j’adoptais était celle-ci : mémoire ~ oubli ; connaissance ~ ignorance ; vérité ~ mensonge en suivant le fil principal de la transmission. Cette méthode permet d’établir l’ensemble des ponts propres à développer et à circonscrire un sujet tout en en fouillant les moindres recoins.

(1) Max Fullenbaum est écrivain et dramaturge ; il a publié, entre autres : Le Petit Livre des Casseurs (1994, Editions des Mille et Une Nuits, épuisé), Mohair, le livre relié (2001, Voix Editions, épuisé), Soft and Hard (2001, éditions iDLivre), Titanic-banlieue (2003, Editions Cent pages), Neuf, ouvrage illustré de 14 dessins de Dominique le Tricoteur imprimé en typographie (2006, Centre Vendôme pour les Arts Plastiques).

samedi 1er mars 2008
La ruse et la tentation dans les textes sacrés
Conférence et débat animés par Monsieur Ryad Atlagh, Maître de Conférence à L'Institut National des Langues et Civilisations Orientales
J'étais venu chercher Ryad Atlagh à la gare de Vendôme pour l'amener à Trôo et j'eus l'immense surprise de le voir accompagné de Hachem Mouawieh, l'animateur de la librairie Avicenne à Paris, qui avait tenu à le soutenir pendant sa prestation. Car, il ne faut pas en douter, c'est une épreuve pour un conférencier d'affronter un public qu'il ne connaît pas, un public qu'il doit conquérir. Trôo n'est certes pas Damas, Londres ou New-York où Ryad Atlagh avait déjà, sur invitation, développé le thème de "la ruse et de la tentation" dans les religions du Livre et particulièrement dans le Coran à la suite des articles qu'il avait rédigés sur ces sujets pour le dictionnaire du Coran, ouvrage qui reste la référence des érudits, des philosophes, des laïcs et des religieux, et auquel Abdelwahab Meddeb avait encore consacré une émission sur France Culture le 17 février 2008. Montrant avec finesse et intelligence comment la traduction par saint Jérôme du mot grec signifiant "l'épreuve" par le mot latin signifiant "la tentation" avait fait évolué la pensée chrétienne reprise par la pensée musulmane, Ryad Atlagh a illustré la notion de ruse à l'aide de différents passages tirés de la Bible mais aussi du fil conducteur des Mille et une nuits. Les rédacteurs, les traducteurs des textes sacrés ont décrit, avec la ruse, un procédé courant du comportement humain, général et partagé, mais difficilement classable par les commentateurs en termes de bien ou de mal. Car tout dépend en fait du but pour lequel elle est utilisée. Le Dieu l'utilise, le diable, la femme.. C'est le moyen de l'épreuve par celui de la séduction ou de l'oubli des promesses.
Une prestation de qualité, tout en finesse, et fortement applaudie par une salle comble et conquise par le talent de l'intervenant.

samedi 9 février 2008
Présentation de l'atelier d'écriture de Trôo
Ce n'était pas une rencontre habituelle, mais celle de personnes passionnées par l'écriture ou simplement intéressées. Que peut-on apprendre de nouveau ? Un clavier d'ordinateur ou un simple stylo ne suffisent-ils pas pour écrire ? On conviendra que le "y-a qu'à.." en a laissé plus d'un le stylo en l'air ou les doigts figés au-dessus du clavier. Conter une histoire.. quelle histoire ? Et comment ? En mettant bout à bout des phrases, comme elles viennent ? Apprendre à écrire, c'est d'abord apprendre à regarder, à noter mentalement ; c'est dresser des listes d'images, de mots, d'inverses, d'analogues ; c'est faire le tri, choisir ; c'est rythmer, enlever, ajouter, biffer, barrer ; c'est connaître toutes les figures et tous les styles et les adapter au texte que l'on veut composer, rejeter les unes ou les uns au profit d'une ou d'un autre ; c'est inventer, bousculer la syntaxe là où il le faut, créer des mots si chacun peut les entendre ou les comprendre. Bref.. cela ne s'invente pas. Cela se travaille !
Pendant plus de deux millénaires, des auteurs, des philosophes, des rhéteurs ont écrit des traités sur la langue et les façons de s'en servir. C'est sur la base de leurs écrits que nous travaillerons, en faisant de fréquentes incursions dans la littérature moderne comme dans la littérature ancienne. Car les textes, discours, pièces de théâtre, romans, épopées, rimés ou non, mais bien écrits, n'ont pas d'âge.
1000 lectures d'hiver Léthé ou cinq monologues de Dimitris Dimitriàdis dits par Richard Graille
Ces 1000 lectures d'hiver, créée à l'initiative du Livre au Centre sont un merveilleux événement qui peut se passer chez vous, dans votre intimité, avec les amis que vous avez invités. Lorsque texte et comédien sont au rendez-vous de l'excellence, alors vous êtes certains de passer une soirée mémorable. C'est ce qui arriva ce samedi 9 février, à vingt heures. Nul doute que chez vous, vous auriez eu le même plaisir. A suivre donc..

samedi 26 janvier 2008
Thèmes de la tradition orale à Lifou (Nouvelle Calédonie)
Conférence animée par Monsieur Weniko IHAGE, directeur de l'Académie des Langues Kanak à Nouméa
Monsieur Weniko Ihage, en mission pour le Territoire, porte-parole des locuteurs de ces petites langues dont l'année 2008 célèbre l'existence et la vivacité, nous a fait le plaisir d'animer cette rencontre. Il a décrit, avec cette merveilleuse maîtrise des discours dont les kanak font montre, la société de laquelle il est issu, en illustrant ses propos de contes la relatant, la décrivant, de façon allégorique ou métaphorique, mais toujours cryptée. Il faut des clefs pour comprendre, des clefs pour entendre, et, sur quelques contes que, de mémoire, il a récité (en français tout de même..), il les a données. La Nouvelle-Calédonie compte encore vingt-huit langues vivantes. D'autres se sont éteintes à jamais avec la mort des derniers anciens qui les parlaient encore. Ce sont des pans de l'histoire de l'humanité qui disparaîtraient si ces académies et conservatoires des langues n'existaient pas pour recueillir ces textes auprès des derniers locuteurs, parfois réticents, car, la parole, celle qui conte les mythes, celle qui conte l'origine des tribus et clans, est sacrée. Elle ne se transmet pas à n'importe qui, mais au seul destinataire que la société a désigné, le fils aîné. Comme je lui avais rappelé que, bien des années auparavant, il avait apostrophé Jean Guiart, ancien directeur du Musée de l'Homme à Paris et auteur de nombreux ouvrages sur l'Océanie, en lui reprochant de présenter comme des mythes ce qui n'était, pour lui, que des fragments de mythes et que, nécessairement, il devait en manquer le principal, Weniko Ihage me répondit : "Jean Guiart, je l'aime bien.. Il vit en Nouvelle-Calédonie maintenant où il jouit d'une retraite bien méritée. C'est un honnête homme qui a écrit ce qu'il avait à écrire, avec compétence et sérieux, un grand savant, amoureux de cette partie du monde et qui l'avait bien comprise. Je ne me souvenais pas l'avoir ainsi chahuté.. et je le regrette." Eh oui ! Aujourd'hui Weniko Ihage lutte pour que ces textes ne soient pas perdus à jamais. Après qu'ils sont recueillis, trente ans doivent s'écouler après la mort de leur dernier détenteur avant qu'ils soient publiés accompagnés des clefs de lecture, si tant est qu'elles lui soient livrées. Une grande leçon que nous donnent les uns et les autres. La mémoire d'un peuple se mérite et elle mérite avant tout d'être respectée.
En dehors de ce court résumé et pour l'accompagner car il y a sa place, j'adresse à la famille de Monsieur Michel Auffray, qui fut mon professeur à L'Institut des Langues Orientales, et dont j'ai appris le décès récent par Monsieur Weniko Ihage, toute ma sympathie pour la perte de cet être chaleureux qui dirigeait, avec brio et compétence, le département de l'enseignement des langues océaniennes. Son souvenir restera à jamais gravé dans ma mémoire.

samedi 8 décembre 2007
Images de la Chrétienté Copte
Conférence animée par Monsieur Mahmoud Zibawi, docteur en histoire de l'art, docteur en sciences religieuses.
J'ai rencontré Mahmoud Zibawi à la librairie Avicenne, 25 Rue Jussieu à Paris, une librairie hors du commun, un de ces rares endroits accueillant des visiteurs du monde entier, mordus de littérature méditerranéenne, où juifs, chrétiens, musulmans et laïcs sont chez eux, bref, un lieu à visiter sans tarder. Après que j'ai feuilleté l'un des ouvrages qu'il avait publié chez Picard, j'ai désiré le rencontrer, ce qui advint, un jour, par hasard, à la librairie. Et il m'a raconté... C'est en lisant, à huit ans, au Liban, son pays, un livre sur les églises ornées du Loir (XI° - XIII° siècles) qu'il est devenu qu'il a voulu devenir, et qu'il est devenu plus tard, l'un des meilleurs spécialistes de la chrétienté orientale. Il a parcouru l'Egypte, le Liban, la Syrie, appareil photographique en main, notant, figeant les images, avec autant de passion que de talent. Mais il n'avait jamais vu, encore, ces églises du Loir qui avaient suscité chez lui cette passion. Nous avons pu, en un court moment, nous attarder sur deux d'entre elles lors de sa visite à Trôo. Pendant sa conférence, tout en décrivant les images de la chrétienté copte projetées sur un mur, il a, par touches, rapproché, comparé certaines de ces images à celles des églises du Loir, montrant ainsi les convergences autant que les divergences entre les chrétientés orientale et occidentale. Un grand moment, partagé par une quarantaine de participants, les yeux rivés aux images et les oreilles à ses mots.

samedi 6 octobre 2007
Rencontre avec la famille MONOD
Conférence animée par Monsieur Luc Monod
Luc Monod est un ancien libraire qui a publié, il y a quelques années, un ouvrage qui fait toujours référence et qui n'a pas été surpassé sur Le livre illustré moderne. Mais c'est aussi un représentant de la famille Monod, famille adulée autant que honnie en France pour son appartenance à l'église réformée. Pas de quoi, aujourd'hui, allumer un brûlot (quoi que.. ) mais au dix-neuvième autant qu'au début du vingtième siècles, les Drumont du parti antisémite ou Maurras de l'Action Française se déchaînaient contre cette famille qui n'en pouvait mais, la vouant aux gémonies. On sait ce que ce genre d'attaque monstrueuse a produit dans l'Europe de la première moitié du vingtième siècle.. La famille Monod est une famille comme les autres, qui a dû produire des cancres, comme partout, autant que des génies, comme partout. La distribution ne se programme pas ! Elle est le fruit du hasard et de la nécessité pour paraphraser Jacques Monod, l'un des illustres descendants de cette famille. Elle marche dans le désert mais le fait partager, ainsi que le fit Théodore Monod.

samedi 1er septembre 2007
Wittgenstein, un philosophe héraclitéen
Conférence animée par Monsieur Mihaï Gaïta, docteur en philosophie
Ce fut sans doute une gageure qu'a relevée avec brio Mihaï Gaïta : faire entendre, à un public non averti, ce qui rapprochait Wittgenstein, un philosophe autrichien du vingtième siècle, d'un philosophe grec, Héraclite, du cinquième siècle avant notre ère. "Je n'ai pas dit le cinquième de ce que je voulais dire", m'a confié Mihaï Gaïta après sa conférence... Certes, mais tous les participants, une cinquantaine, sont restés bien après la conférence pour converser tant ils avaient été conquis par cette performance. Oui.. C'est un peu la magie de Trôo et celle suscitée par ses participants. Sur un sujet a priori difficile, réservé aux seuls spécialistes, eh bien ! tout s'éclaire, tout s'anime.. On peut aborder la pensée d'un philosophe quand bien même on ne connaît rien à la philosophie. C'est le défit que veut relever le Café Littéraire de la Terrasse : faire en sorte que la connaissance, la culture puissent être appréhendées par chacun. Cette appréhension est possible. Elle est le garant de notre liberté de penser.

samedi 7 juillet 2007
Lumière ! s'il vous plaît..
Performance réalisée par Monsieur Yann TOMA
Ah! Difficile de parler de Yann Toma. Il le fait très bien lui-même. "Tu veux une performance sur une heure, deux heures, cinq heures, plus.. ?" Yann Toma a repris l'enseigne d'Ouest-Lumière, une entreprise défunte de l'ouest parisien, pour en faire une oeuvre d'art, une oeuvre.. que dis-je ! des oeuvres.. Une oeuvre de communication sans pareille, avec ses ramifications, ses succursales dans le monde entier (et jusqu'à Trôo) une oeuvre plastique, une oeuvre graphique, bref, un monument ! Un monument à notre époque, futile, virtuelle, emplie de mots creux pour ne pas signifier mais communiquer. On a souri, on a ri de bon coeur pendant cette performance organisée avec le concours amical des Editions Jannink. Yann Toma joue avec le réel. Est-ce vrai ? Est-ce faux ? On ne sait. On ne doit pas savoir. Tout est possible. Le vrai est dans la langue, dans le texte, dans le pouvoir de convaincre.. Quant à la réalité, c'est une autre histoire. Mais elle est de celle que l'on ne conte pas !

samedi 16 juin 2007
Rencontre avec André Blanc, ancien producteur d'émissions radio et télédiffusées
André Blanc a animé, pendant plusieurs années, une émission hebdomadaire sur France Inter sur la chanson francophone, c'est à dire française, belge ou canadienne. Il les a tous connus, les Brel, Brassens, Trenet, Leclerc, les grands, les petits, ceux dont on parle peu mais qui n'ont pas moins de talent, bref, tous ! On a entendu sa voix pendant des années sur les ondes et il nous a fait le plaisir de venir jusqu'à Trôo pour nous confier la petite et la grande histoire de la chanson francophone en accompagnant son discours de séquences musicales. Ce fut un grand moment, de joie et d'émotion même lorsqu'il me confia : "J'ai maintenant quatre-vingt ans. C'est un bel âge pour arrêter de professer ou de faire des conférences. Je t'offre la dernière..."

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