Le Café littéraire de la Terrasse
André Blanc
Victoria Horton et Michèle Demongodin-Huart
Anne de Beer et Gérard Blanc

Café Littéraire de la Terrasse - Archives des rencontres

Samedi 29 mai 2010 en soirée, Guy Allix et Olivier Mélisse, poésie et musique Glennmore (34ème rencontre).
Guy Allix, avec son comparse Olivier Mélisse, a développé un concept tout à fait original qui allie poésie déclamée et musique. Guy Allix déclame ses poèmes, dont le remarquable « Nord », il déclame René Char ou Villon sur des fonds de musiques adaptées pour la plupart du folklore breton, des musiques choisies avec soin, de telle façon que le rythme des vers, que la couleur des accords soient en relation, en concordance ou en contrepoint avec les textes qu’il récite. Une performance tout à fait originale qu’il faut saluer en tous points, car la poésie est un art qui doit être défendu et le fait de la faire vivre et revivre de cette façon permet de l’aborder sous un angle différent. La voix reste en surplomb. La musique la porte, la soutient, lui donnant épaisseur et couleurs.
Bravo Guy et bravo Olivier pour cette soirée hors du commun.

Samedi 29 mai 2010, Conférence par André BLANC, Il y a quatre-vingts ans naissait la chanteuse Barbara (33ème rencontre)
Étrange Barbara, surprenante Barbara, capable du meilleur comme du pire, Barbara qui commença sa carrière en chantant les chansons des autres, avec la galère que suppose le passage de cabaret en cabaret pour gagner sa vie. Barbara qui fut mariée mais pas longtemps, à peine trois semaines, juste assez pour se rendre compte que ce genre de vie n’était pas pour elle et prenant l’autre à pleines dents. Barbara qui trouva dans les bras des femmes et des hommes des amours passagères qui lui convenaient mieux. Car sa plus belle histoire d’amour, ainsi qu’elle le chanta, fut celle qui la lia avec le public, ce public auquel elle contait sa vie, mêlant l’imaginaire et le réel en une recomposition allégorique, parabolique, où chaque mot comptait. Cette fameuse « Rue de la Grange aux Loups » n’existait pas à Nantes lorsqu’elle chanta pour la première fois cette chanson qui la rendit célèbre. Le maire de la ville, alors, débaptisa une rue pour lui donner ce nom. Elle fut conviée à l’inaugurer. Elle l’inaugura. À quoi put-elle penser à cet instant ? Car l’histoire du viol qu’elle subit de la part de son père était réfugié, caché dans le nom même de cette rue…
Barbara a traversé le monde du spectacle comme une ombre et comme une frêle idole. La maladie la toucha là, aux soufflets qui lui permettaient de chanter. Elle en mourut.
André BLANC sut, à l’aide d’illustrations musicales, mais aussi de programmes de l’époque, montrer toutes les facettes de cette grande artiste, tous les lieux prestigieux où elle se produisit.

Samedi 22 mai 2010, Rencontre avec Jean-Pierre KLEIN, Cet étrange désir d'écrire du théâtre (32ème rencontre)
Jean-Pierre Klein est le fondateur de l’Institut National d’Expression, de Création, d’Art et de Transformation, INECAT, dont il définit ainsi le projet :
« La médiation artistique auprès de personnes en difficultés et l'art-thérapie ajoutent à l'art le projet de transformation de soi-même. L'art ajoute à la thérapie l'ambition de figurer de façon énigmatique les grands thèmes de la condition humaine. La création - acte et résultat - peut permettre la transformation profonde du sujet créateur. Derrière les différences personnelles et culturelles, il s'agit aussi de mettre au jour les conditions de l'acte créateur et de la production créative, de percevoir les spécificités des médiations utilisées et de comprendre leurs impacts. Face aux créations spontanées de la personne (symptômes, troubles du comportement, marginalisation, rêves, souvenirs) l'art-thérapie, plutôt que de procéder à une analyse comme en psychothérapie traditionnelle propose la création d'autres formes complexes : peinture, musique, écriture, improvisation théâtrale, conte, clown, etc.
Il s'agit, en médiations artistiques comme en art-thérapie d'un accompagnement de ces créations dans un parcours symbolique au service du développement de la personne vers un aller-mieux et un être davantage »

Meurtre par omission
L'une de ses dernières créations, la pièce « Meurtre par omission » fut interprétée du 20 au 23 mai 2010 au Théâtre le Silo (Compagnie AUXENEL-CHAPLIN - Tél 02.54.85.15.16) 30 Avenue du Docteur JEULAIN à Montoire-sur-le-Loir.
D'où lui vient cet étrange désir d'écrire et d'écrire pour le théâtre ? Jean-Pierre KLEIN, de par son métier de psychiatre, sait que la personnalité de chaque individu ne se résume pas en quelques mots, que leurs actes ne se résument pas en quelques phrases, que la demi-teinte règne. Tout n'est jamais ni tout noir, ni tout blanc.
Le théâtre se démarque du récit. Chaque personnage s'y présente et s'y découvre pas à pas suivant des procédés d'écriture propres à l'art théâtral dans un déroulement qui vise à provoquer la crise et à la dénouer à la fin de la pièce.
En outre, le théâtre a ceci de particulier que le texte écrit est réapproprié tant par le metteur en scène que par les acteurs eux-mêmes. Ainsi, au soir, lorsque nous avons revu cette pièce au théâtre du Silo, nous avons constaté des changements, des différences avec celle que nous avions vue à Paris, dont certaines d'entre elles avaient été réglées par les comédiennes elles-mêmes au cours des deux représentations précédentes pour aboutir, ce samedi, à cette nouvelle version à la surprise de Jean-Pierre KLEIN, son auteur.
Je ne pourrais ici que féliciter les cinq intervenants de cette pièce bouleversante. Son auteur tout d'abord. Son metteur en scène, Philippe Adrien, et ses trois comédiennes, Agathe Alexis, Anne de Broca et Nicole Estrabeau.


Jean-Pierre KLEIN a publié, entre autres:
Meurtre par omission, l'Amandier, 2008
Cet étrange désir d'écrire du théâtre, l'Amandier, 2007
Rien à lui, tout à lui suivi de Têtes perdues, INECAT, 2007 Violences sexuelles faites aux enfants, Pleins Feux, 2006
Petit voyage iconoclaste en psychopathologie, Presses Universitaires de Grenoble, 2006
L'art-Thérapie, PUF, 2001
Métapsychothérapie de l'enfant et de l'adolescent, en collaboration avec Michel Hénin, Desclée de Brouwer, 1995
Pour une psychiatrie de l'ellipse - Les aventures du sujet en création, en collaboration avec Darrault-Harris et Ivan Klein, préface de Jean Duvignaud, postface de Paul Ricoeur, PUF 1993
L'enfance malgré nous, (Collectif), Mercure de France, 1972
Il est directeur de la revue art et thérapie

Samedi 21 novembre 2009 - La rumeur (suite)
Les Larmes oubliées de la Vologne - Rencontre avec Marie-Ange Laroche
(31ème rencontre)
Résumé et commentaire de la rencontre
En 458 avant notre ère, Eschyle, avec ses trois drames constituant l’Orestie, se faisait le porte-parole du passage du traitement des crimes de sang par la Cité au lieu qu’ils l’étaient, auparavant, par les familles des victimes.
Ce transfert fit apparaître, avec ceux qui avaient pour charge de défendre l’accusé ou les intérêts des plaignants, le groupe de ceux que nous appellerions aujourd'hui les avocats, le juge d’instruction ou le ministère public.
Le témoignage, l’aveu étaient et sont toujours, parmi les moyens de parvenir à la Vérité en terme de faits reconstitués, plausibles ou possibles. Les plaidoiries le moyen de défendre les positions des parties. Il s’en suivit un développement formidable des arts de la parole, dans sa production comme dans son analyse.
La parole a ceci de particulier qu’elle transmet de la réalité, de la réalité vécue autant que de la réalité fantasmatique, et qu’en dehors de codes dont elle possède l’arsenal et d’indices situés en dehors d’elle, il est difficile, voire impossible, de déceler le vrai du faux. En effet, le fait de dire « je suis médecin » ne préjuge pas de la véracité de l’assertion. Je puis affirmer « je suis médecin » et l’être, comme je puis affirmer « je suis médecin » et ne pas l’être. Les deux assertions sont semblables quant à la forme qu’elles adoptent. Rien ne les distingue a priori.
À ce premier constat s’ajoute le fait que toute situation de production de la parole met en scène un locuteur et un interlocuteur et que le récit, quel qu’il soit, véridique ou inventé, sera différemment exprimé suivant la position sociale de chacun des intervenants autant que des questions, des réponses, des silences, des gestes qui le ponctueront. Ainsi, un récit se fabrique, se module et change même de direction, au gré de la discussion, en acquiescements, dénégations, interrogations, insinuations, provocations, chantages ou violences.
L’affaire Patrick Diels, un jeune homme de seize ans, est éloquente à ce sujet. Deux petits garçons furent assassinés à Montigny-les-Metz en septembre 1986. Trois personnes seront mises en garde à vue entre 1986 et 1987, et toutes trois avoueront le même double assassinat. C’en est nécessairement deux de trop. Quant à celui qui fut jugé et condamné, Patrick Diels, bien que revenu sur ses aveux avant son premier procès, il fut, à l’occasion d’un second procès, innocenté, un quatrième larron s’étant découvert le meurtrier possible mais qui ne sera pas jugé, ce dernier n’ayant pas avoué. Quatre versions pour un seul double assassinat ! On fabrique du coupable et le coupable peut se fabriquer lui-même.

L’affaire de la Vologne ou de la mort du petit Grégory, qui se produisit deux ans avant l’affaire Patrick Diels, est une autre illustration des pouvoirs de la parole. Ici, on fait parler une jeune fille de quatorze ans sous la menace pendant qu’on l’a mise en garde à vue, on repousse trois témoignages non concordants avec les faits que l’on veut prouver, on fait parler les écrits d’un ou de plusieurs corbeaux sans précautions, on fabrique un coupable commode sans trop se poser de questions sur la façon dont on a obtenu les « aveux » de cette toute jeune mineure, sur la qualité des experts que l’on avait commis avant même la désignation du juge d'instruction, puis on se décharge sur celui-ci pour l'ensemble de ses propres maladresses, de ses propres bévues – et qu’importe si elles ont blessé ou tué – dues principalement à la précipitation avec laquelle on avait agi de peur que l'affaire ne vous soit enlevée et confiée au SRPJ de Nancy comme ce fut le cas deux ans auparavant à propos d’une autre affaire.
Maladresses accumulées, on charge aussi la presse mais on l’utilise aussi au travers de l'un de ses porte-faix pour aiguillonner le père du petit Grégory, lui désigner les « coupables » afin qu'il se venge. Il est normal, lui répète-t-on, qu'un père venge la mort de son fils. Et le père est tombé dans le piège, et le père a tenté de piéger à son tour les deux premiers « coupables » qu'on lui a désignés sans y parvenir cependant. Il y parviendra avec le dernier, Bernard Laroche, le bon semble-t-il, car seul un coupable peut porter d'aussi grosses moustaches, et le tuera d’un coup de fusil sous les yeux horrifiés de Marie-Ange Laroche, sa femme, et de son frère.
Marie-Ange a conté les événements dont elle fut le témoin dans son livre, tout récemment paru aux éditions l’Archipel, « Les larmes oubliées de la Vologne ».
Elle y conte la façon dont son mari fut assassiné, elle y relate les méthodes des gendarmes pour obtenir ses aveux, mais lesquels ? lorsqu’elle fut mise en garde à vue avec son époux. Elle y relate toutes les petites et les grandes fourberies, les filouteries, les dérapages, les pressions, les truquages, les mensonges, les allusions, tout l’arsenal des méthodes pour construire ces réalités torves, des plus sordides aux plus extravagantes et destinées à fabriquer du coupable.
Par ce livre, elle mène combat pour réhabiliter la mémoire de son mari aux yeux de ses enfants comme aux yeux du public. Le coupable ? Les coupables ? Ce n’est pas son affaire mais celle de la justice qu’elle a saisie avant que la prescription ne ferme définitivement le dossier de cette double tragédie.
Le public était venu assez nombreux assister à cette rencontre, informé de sa tenue par la presse régionale et par Internet. Trente deux sièges, c’est peu. Nombreux furent ceux qui l’écoutèrent debout.
Marie-Ange Laroche se prêta aimablement au jeu des questions - réponses. Elle put s’exprimer librement sans qu’on lui coupât la parole comme je l’ai vu mercredi soir, sur Antenne 2, à l’émission de Guillaume Durand, procédé courant lorsque l’on veut décontenancer celui à qui l’on parle et faire croire à ceux qui l'écoutent qu’il a répondu totalement aux questions posées alors qu’il n’a pu fournir que des bribes d’explications ou de commentaires.
Bien d’autres questions furent posées lors de notre rencontre concernant notre justice et son état. Quelques malheureuses affaires l’entachent mais toutes, loin de là, ne mènent pas à ces fiasco.
On parla du juge d’instruction indépendant dont il est nécessaire de maintenir la mission malgré l’affaire d’Outreau. Car celle-ci ne doit pas faire oublier toutes les affaires correctement menées, beaucoup plus nombreuses, et nous pourrions dire innombrables.
On parla des interrogatoires des suspects ou des témoins dont il semble nécessaire qu’ils soient enregistrés afin de faire cesser les procédés d’intimidation et déceler aussi les mythomanes, et de la présence d’un avocat avant toute audition dans le cadre d’une garde à vue.
Il faut savoir faire des choix si l’on veut qu’éclate la Vérité. Elle est toujours reconstituée, sujette à caution, parfois même impossible à déterminer. Mais n’est-il pas préférable de voir un coupable dehors qu’un innocent en prison ?
Les écueils ne manquent pas et les petites guerres auxquelles se livrent parfois les média dans ces affaires, à qui publiera le premier des informations à sensation, n’arrangent rien et brouillent tout.
Vingt-cinq ans après l’assassinat de Bernard Laroche, on sent que les passions ne sont pas encore éteintes, qu’elle couvent sous la cendre. On prend encore parti sans savoir, sans attendre le résultat des analyses en cours. Et la langue et la plume se font flèches et arcs pour relancer de vieilles antiennes, toujours les mêmes, avec leurs deux camps, toujours les mêmes, ceux des pro- et ceux des anti-.
Le sang est sec, depuis longtemps poussière tandis que l’encre écorche encore le papier, comme au temps du ou des corbeaux, insinuant par-ci, dénigrant par-là.
Halte-là ! Il est temps que la parole et les esprits s’apaisent. On verra que dans le simple compte-rendu de cette rencontre, la réunion avec Marie-Ange Laroche et son préfacier, Pascal Giovanelli au Café Littéraire de la Terrasse, publié dans la presse locale le lendemain du jour de sa tenue, il y a quelques petites inexactitudes, beaucoup de réactions passées sous silence – l’article est bien court tout en étant trop long – et tous ceux qui ont participé à cette rencontre, une quarantaine de personnes dont un ancien inspecteur du SRPJ de Nancy que je remercie pour la pertinence de ses questions et de ses remarques, apprécieront comment on peut relater un événement de manière quelque peu décalée, décadrée, sans avoir nécessairement pour intention de le dénaturer, mais tout de même, en le déformant, en le viciant, en le vidant de son contenu pour l’emplir d’un autre, subjectif, tronqué, partial, à la limite de l’honnêteté morale et de l’honnêteté tout court. Mais peut-être notre journaliste s’y endormit-il et chercha-t-il dans ses rêves de quoi meubler ses quelques lignes…
Eh oui ! Cela fait partie des pouvoirs de la parole et notre journaliste en connaît les ficelles.
Les écrits s'envolent, les paroles restent, écrivait Eugène Ionesco.

Samedi 10 octobre 2009 - Antoine Bourdelle et Trôo, par Max Fullenbaum, Miren Arambourou-Mélèse et Patrice Bérard (30ème rencontre)
Il y a quatre-vingts ans, le 1er octobre 1929, mourait au Vésinet un sculpteur français de renom, Antoine Bourdelle, qui avait fait don à la commune de Trôo du monument aux morts de la Grande Guerre qui figure en bonne place à côté de la Collégiale.
Max Fullenbaum, il y a quelques années, s'était enquis de l'histoire de ce monument auprès du service de la documentation et des archives du musée Bourdelle à Paris. Ce monument n'était pas qu'un hommage rendu aux soldats de la Grande Guerre. C'était aussi une histoire d'amour entre Antoine Bourdelle et ce petit village, une histoire contée, dessinée, patiemment, sur trois petits carnets, une histoire avec des secrets qui furent révélés ce samedi 10 octobre 2009, à 16 heures, avec la lecture de ces trois carnets et des suggestions pour associer plus fermement la mémoire de ce grand homme et le village de Trôo.

Samedi 12 septembre 2009 - Les poètes en chansons, de François Villon à mercredi en 8, par André Blanc (29ème rencontre)
André Blanc est un ancien de la radio et de la télévision. Il a assisté et a collaboré aux débuts de la télévision en France. Il est un amoureux de la langue française et un amoureux de la (bonne) variété, celle qui a laissé son empreinte sur le siècle avec ses Brassens, Brel ou Ferré. On se souvient que Prévert, Aragon ou Villon furent mis en musique, mais se souvient-on que Genet ou Gilson et d'autres encore furent mis en musique ? André Blanc, jeune octogénaire doté d'une mémoire prodigieuse, est venu nous le rappeler.

Dimanche 16 août - en avant première, a été projecté le film de Jean-Sébastien Lallemand et Frédéric Blin, “Do we have an understanding?” avec Lao Yang, en présence de l'un des auteurs, Jean-Sébastien Lallemand (28ème rencontre).
 Lao Yang a créé un engin à 3 roues et 2 moteurs. Il a déposé et enregistré les brevets de son invention auprès des autorités de Tianjin (Chine), ce qui lui permet de voyager « librement » de province en province.
 Accrochées au flancs de son invention, des bannières :
  La première voiture économique à 2 moteurs !
  Si un moteur patine, l'autre prend le relais.
  Plus de 30 % d'économie d'énergie.
 Ce film est une histoire d'amour, celle de Lao Yang, passe-muraille et esprit libre dans une société complexe.
 Jean-Sébastien Lallemand et Frédéric Blin, avec une maîtrise quasi nulle du terrain et de la langue, à pas de tortue, ont librement suivi les déplacements de Lao Yang . Un jour, ils lui ont demandé “Wo men dou shi ming bai ren”, "Do we have an understanding?".
 Lao Yang est chinois, né dans les années 50 près de Pékin.
 Il a été, pendant la révolution culturelle, chanteur et danseur dans une troupe révolutionnaire. Puis il a été marin, chauffeur de poids lourds, de bus, de taxis, vendeur de fruits et légumes, mécanicien et publicitaire.
 À ses heures perdues, il est poète ; il a écrit plus de 2000 poèmes, non publiés à ce jour.

Samedi 25 juillet 2009 - Rencontre avec Jean-Michel LAMBERT (27ème rencontre)
Écrire aujourd'hui ou naissance, vie, mort et résurrections d'un livre
L'ancien juge d'instruction, Jean-Michel LAMBERT, se serait sans doute passé de l'extrême médiatisation qui exista autour de son nom à l'occasion de l'affaire de la Vologne, autrement appelée « affaire du petit Grégory », qui éclata en 1984 et qu'il fut en charge d'instruire. La part d'ombre, les coups-fourrés qui l'accompagnèrent sont sans doute à la mesure de ceux qui attendent l'écrivain qui désire faire publier son manuscrit puis faire vivre son livre.
C'est donc dans une salle comble (certains même n'y avaient pas trouvé place assise) que Jean-Michel LAMBERT a résumé sa vie d'écrivain, les motifs qui l'ont poussé à écrire afin de se reconstruire après cette affaire de laquelle il était sorti profondément blessé. L'écriture comme remède, mais aussi l'écriture comme passion, une passion qui débuta lorsqu'il avait quinze ans et une passion pour le roman policier qui, sous l'intrigue, lui permet de décrire une société qu'il connaît bien, avec ses personnages glauques, tordus ou sincères, du malfrat au juge, de l'avocat au policier ou au gendarme.

Jean-Michel LAMBERT a publié, entre autres :
Le petit juge, Éditions Albin Michel, 1987
Regards innocents, Éditions de la Tour, 1991
Le non-lieu, Éditions du rocher (1993)
Confession fatale, L'Aube, 2000
Purgatoire, L'Aube, 2000
Scrupules, édition hors commerce, préface de Léo Ferré, 2002
Mère Teresa et les petits sauvageons, Éditions A Contrario, 2004
Retour à Mathausen, chez Jean-Claude Gawsewitch, 2005
Un monde sans vérité, Éditions Pascuito, 2009

Samedi 11 juillet 2009 - Le roman noir aujourd'hui par Marie-Caroline Aubert (26ème rencontre)
Marie-Caroline Aubert, après avoir été lectrice pour le Seuil et Denoël, chroniqueuse polars à l’émission Rive Droite Rive-Gauche sur Paris Première, journaliste critique pour Elle, Le Nouvel Économiste, Le Monde des Poches, Marie-Claire, être toujours traductrice de littérature anglo-saxonne (Donald Westlake alias Richard Stark, Ruth Rendell. John Sandford), dirige actuellement le domaine de la littérature étrangère aux Éditions du Masque.
Le roman noir a su évoluer et s'est diversifié au cours des ans. Bien qu'il existe toujours une littérature noire ou policière médiocre, ou du moins sans grand intérêt, de nombreux auteurs sont nés au cours de ces trente dernières années et ont produit de petits chefs-d'œuvre, tant d'un point de vue stylistique qu'au fond. Il ne s'agit plus nécessairement de trouver le « coupable » – l'est-il d'ailleurs seulement – mais aussi de suivre les différents personnages dans les méandres des sociétés qu'ils fréquentent.
Ces nouveaux auteurs, parfois méconnus face à ceux qui bénéficient d'une publicité tapageuse imméritée, sont irlandais, nord-américains, suédois. Marie-Caroline Aubert nous en a promis une liste, non exhaustive, qui sera portée dans quelques jours sous cette rubrique.

Samedi 20 juin 2009 - Rencontre et promenade avec Pierre Le Goff (25ème rencontre)
Réédition de la rencontre effectuée l'année précédente à même époque sur les plantes de la butte de Trôo
Pierre Le Goff fut médecin. Il est à la retraite depuis plusieurs années. Personnage haut en couleur, arborant barbe longue et chemises fleuries, il fut et demeure un excellent botaniste.
Le temps nous fut favorable. Après la projection au cours de laquelle les plantes de la butte de Trôo furent présentées et commentées par notre botaniste, nous sommes allés en rencontrer de nombreuses in situ. Las, bien des plantes sauvages dont la plupart des orchidées, pourtant protégées, avaient péri sous la faux et les défoliants des cantonniers. Seules quelques unes, mais bien rares, étaient encore visibles dans quelques endroits en friche.

Samedi 6 juin 2009 à 16 heures, L'autobiographie, une approche stylistique, politique et sociale (24ème rencontre)
Rencontre avec deux écrivains de la région, Victoria Horton dont l'ouvrage a reçu tout récemment les éloges du Monde des Livres. et Michèle Demongodin-Huart sur le genre autobiographique.
Le genre autobiographique est un genre littéraire à part entière et nombreux sont les auteurs, anciens, modernes ou contemporains qui s’y sont adonnés. Jean-Paul Sartre fit savoir que, de toute son œuvre, le texte qu’il préférait était « Les Mots », texte dans lequel il décrivait, avec beaucoup de tendresse, sa mère et leurs relations. Simone de Beauvoir, avec ses « Mémoires d’une jeune fille rangée » fut l’un des précurseurs des mouvements féministes et décrivait la société bourgeoise dans laquelle elle était née, affirmant, haut et fort, que l’on ne naît pas femme, on le devient. Tout récemment, Claude Lanzmann, considérant peut-être qu’il était temps de conter sa vie exemplaire, publia ses « mémoires ». sous le titre « Le Lièvre de Patagonie ». Bref, le genre autobiographique se décline de multiples façons et ce n’est certes pas par manque d’imagination que l’on y trouve tremplin pour l’écriture.
Nos deux écrivains, Michèle Demongodin-Huart, avec « J’emmerde les voisins », et Victoria Horton, avec « Grand Ménage » avaient toutes deux publié très récemment, pour la première, certes des mémoires, pour la seconde, plutôt des épisodes de sa vie centrés sur son père et la femme de son père. Deux personnalités très différentes l’une de l’autre, deux plumes à l’opposé, l’une « brute de décoffrage » avec un texte de plus de quatre cents pages écrit en deux mois, l’autre soigneusement taillée, précise avec neuf petits textes élaborés patiemment au cours des quinze dernières années, deux écrivains qui, a priori, auraient pu avoir des discours tout à fait opposés, mais qui en fait possédaient des points de convergence plus nombreux que l’on ne pouvait se l’imaginer.
Ce fut donc une incursion plus qu’instructive sur ce genre littéraire que nos deux écrivains ont porté pendant une heure avec autant de brio, d’humour que de sincérité.

J'emmerde les voisins a été édité à compte d'auteur, chez Madame Michèle Demongodin-Huart, 7 impasse Guynemer à Vendôme (41100), téléphone 02 54 72 54 37. On trouve son livre chez l'auteur et dans quelques (bonnes) librairies. On ne le trouvera donc pas à la FNAC.
Victoria Horton a publié « Grand Ménage » Aux Éditions Quidam.

Samedi 25 avril 2009 à 16 heures - Rencontre avec Max Fullenbaum, La banlieue n'est pas un lieu, c'est une distance - Présentation et dédicace (23ème rencontre)
Les trôoiens, et bien des habitants de la région, connaissent bien la figure de Max Fullenbaum, écrivain, poète, dramaturge, critique d'art mais aussi génial organisateur de la fête du poteau en septembre 2003.
Max Fullenbaum a publié son dernier livre,
« La Banlieue n'est pas un lieu, c'est une distance », conte philosophique, écrit au fil des années et des événements, et partagé en trois volets, Le Petit Livre des tagueurs , Titanic-banlieue, et L'Entonnoir. Il nous en a donné la primeur, ce samedi 25 avril, devant une salle comble et comblée par sa performance.
« La démocratie est malade,
écrit-il en introduction de son ouvrage, et je nomme sa maladie : la loi numérique qui engendre la restriction, la réduction, la spécialisation, la petitesse des caractères, le nombre au poignet... En revanche, la vitalité se trouve dans la banlieue qui, paradoxalement et sans qu'on le sache, défend l'être total qu'elle exprime sur des murs sans nombre. Cette vitalité-là ignore la démocratie et ses règles. Elle est sourde et muette et n'enregistre, avec ses yeux, que les rejets du pays. Elle voit que seuls les excès lui permettront d'atteindre la reconnaissance ».
Max Fullenbaum a publié, entre autres :
Le Petit Livre des Casseurs (1994, Editions des Mille et Une Nuits, épuisé),
Mohair, le livre relié (2001, Voix Éditions, épuisé),
L'attaque du consommateur (1999, Éditions IDLivre),
Soft and Hard (sous le pseudonme de Bella Zoom, 2001, éditions iDLivre),
Titanic-banlieue (2003, Éditions Cent pages),
Neuf, ouvrage illustré de 14 dessins de Dominique le Tricoteur imprimé en typographie (2006, Centre Vendôme pour les Arts Plastiques),
ainsi que de nombreux articles.

Samedi 4 avril 2009 - Rencontre avec Anne de Beer et Gérard Blanc (22ème rencontre)
Marin Mersenne (1588 - 1648), un mathématicien au temps de Galilée, dont les thèses affolent encore les ordinateurs les plus puissants du monde.

Anne de Beer et Gérard Blanc, sur le fond de pièces musicales composées par Marin Mersenne, et avec l'aide de documents projetés sur écran, nous ont fait, pendant plus d'une heure, entrer dans le monde de Marin Mersenne, personnage peu connu en nos contrées mais auquel les petits américains rendent hommage depuis des décennies pour les nombres dont il a formulé le principe : les nombres premiers. S'ils ne dépassaient guère dix chiffres il y a un siècle, ils dépassent trois mille pages aujourd'hui.
Mais ce n'est pas la seule particularité que recélait ce Minime. Féru de sciences, avide de connaissance, il correspondit avec plus de deux cents des scientifiques de son époque. Nos e-mails sont de loin bien moins sophistiqués que ne l'étaient les siens, patiemment découpés, recomposés, individualisés avant d'être diffusés.
Marin Mersenne, à l'aune de son œuvre mais surtout cette gigantesque correspondance, est sans doute beaucoup plus proche de nous que ne le sont ses illustres correspondants. Effectuons un léger retour en arrière..
Marin Mersenne naquit à Oizé dans la Sarthe le 8 septembre 1588, à 25 km environ de La Flèche et du Mans. Né d’une famille paysanne, à seize ans, il demanda à ses parents de rejoindre le collège de La Flèche, tenu par les Jésuites. Les études y sont gratuites pour y recevoir des étudiants sans fortune. René Descartes fréquenta le même collège, mais Mersenne était son aîné de huit ans et ils ne se sont, à cette époque, sans doute guère fréquentés.
Ses études terminées, il prit l’habit de moine au couvent des Minimes, Place Royale à Paris, aujourd’hui Place des Vosges, l’ordre le plus humble de tous.
Marin Mersenne, pendant qu'il était professeur à Nevers entre 1614 et 1619, s’intéressa aux mathématiques et à la physique. Pascal lui attribue la première formulation du problème de la Cycloïde. Puis il retourna à Paris et hors quelques incursions aux Pays-Bas, dans les provinces françaises et en Italie, il ne quittera guère la Place Royale.
Adrien Baillet, dans la Vie de Monsieur Descartes (1691), le décrit ainsi :
« C’étoit, l’homme de son siècle qui étoit en réputation d’avoir le meilleur cœur, le plus droit et le plus simple (…). Jamais mortel ne fut plus curieux que luy pour pénétrer tous les secrets de la Nature, et pour porter toutes les sciences et tous les arts à leur perfection. Peu de gens furent plus industrieux à satisfaire cette insatiable curiosité par des expériences de toutes manières, par ses propres méditations, et par des relations continuelles qu’il avoit avec tous les Sçavants et Curieux de l’Europe. Il s’étoit rendu comme le centre de tous les Gens de Lettres par le commerce continuel qu’il entretenait avec luy. C’étoit à luy qu’ils envoyoient leurs doutes et leurs difficultez pour être proposées par son moyen à ceux dont on attendoit les solutions ; et lorsqu’il les avoit reçûës il les leur renvoyoit faisant à peu près dans le corps de toute la république des Lettres la fonction qui fait le cœur dans le corps humain à l’égard du sang. C’étoit à luy qu’aboutissoient toutes les nouvelles de littérature pour les répandre ensuite par tout le monde sçavant. On le consultoit sur tout ce qui est du ressort de l’esprit humain : on luy communiquoit tous les desseins afin qu’il en facilitât l’exécution ; et il mettoit tout le monde dans les voyes. »
Bien des contemporains lui ont reproché d'être brouillon. Non ! Il faut se rapporter à l'époque et ne pas penser avec celles qui lui ont succédé. Tout était alors à découvrir. Galilée et ses thèses (l'inertie) étaient à défendre. Il les défendit. Descartes (on devient timorée lorsque le bûcher peut vous être promis pour vos écrits) était à défendre. Il le défendit. Jusqu'à Hobbes l'impie. Marin Mersenne se défendait de vouloir en tirer gloire. Il désirait la vérité, pour lui, divine et n'œuvrait que pour elle, combattant la Scolastique, les Naturalistes, les Déistes, les Cabalistes, les Astrologues, et tous ceux qu'il considérait comme des charlatans.
Face à Descartes, l'homme a sans doute plus de profondeur et certainement beaucoup plus d'humilité que ce dernier :
« Donnez-moi l’étendue et le mouvement, écrivait René Descartes, et je construirai le monde » ; « Donnez-moi des phénomènes, répliquait Marin Mersenne, et j’en trouverai toujours une raison mathématique, mais nous n’en connaîtrons pas mieux la nature. »
Il fut aussi, avec quelques uns de ses contemporains, tels Hobbes, Gassendi, Roberval, Beeckmann, et avant même Descartes dont on peut lire les prémisses de la Méthode dès 1634 dans ses écrits, à l’origine de la philosophie et de la science modernes.
Quelques œuvres de Mersenne :
L’usage de la raison (1623)
L’analyse de la vie spirituelle (1623)
Quæstiones in Genesim (1623) – Questions dans la Genèse
Observationes (1623) – Observations
La Vérité des sciences contre les septiques ou Pyrrhoniens (1625)
Traité de l’Harmonie Universelle (1627) – sur la musique
Questions inouyes, questions harmoniques, les questions théologiques, les méchaniques de Galilée, les Préludes de l’Harmonie Universelle (1634)
Cogitata (1644) – Réflexions physico-mathématiques
Novarum observationum Tomus III (1647) – Nouvelles observations physico-mathématiques, l’optique et la Catoptrique (1651)
Correspondance : Douze volumes de l’importante correspondance avec les scientifiques et philosophes de l’époque ont été publiés par les Presses Universitaires de France & les Éditions du Centre National de la Recherche Scientifique entre les années 1940-1942 et 1962.
La correspondance de Mersenne avec les érudits de l’époque est impressionnante. Nous ne citerons ici que les plus marquants : Galilée, Hobbes, Fermat, Roberval, Descartes, Pascal, Ruarus, Jean Rey, André Rivet, Peiresc, Constantin et Christian Huygens, Florianus Crusius, Hevelius, Le Tenneur…

Samedi 7 mars 2009 - Rencontre avec Pierre Brulé : Voyage en pilosité grecque (21ème rencontre)
Sur un sujet quelque peu délicat, Pierre Brulé a su, avec sa gentillesse et son humour, captiver son auditoire qui est resté rivé sur place pendant plus d'une heure et demie, avide de réponses aux questions qu'il se posait encore.
Pierre Brulé a collaboré à plusieurs ouvrages publiés par l'Université de Rennes II sur le corps et la vision du corps dans l'Antiquité. Le poil y a naturellement sa place. Il est envisagé dans le corpus hippocratique comme une plante, un arbre poussant sur le terreau du derme, derme qui subit, avec l'âge (général), le sexe (particulier) et les pratiques (personnelles), des modifications propres à le rendre fertile ou stérile.

L'exemplier préparé par Pierre Brulé pour cette conférence et commenté par lui est disponible sous ce lien. Pierre Brulé est helléniste, Professeur honoraire d'Histoire ancienne à l'Université de Rennes II.
Il a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels :
La fille d'Athènes, la religion des filles à Athènes à l'époque classique, mythes, cultes et société (Les Belles Lettres - 1987) ; Périclès, l'apogée d'Athènes (Gallimard - 1994) ; La Cité grecque à l'époque classique (Presses universitaires de Rennes - 1994) ; Les grecs et leur monde (Gallimard - 1998) ; La guerre en Grèce à l'époque classique (avec Jacques Oulhen) (Presses universitaires de Rennes - 1999) ; Chanter les dieux (avec Christophe Vendries) (Presses universitaires de Rennes - 2001) ; Le monde grec aux temps classiques (PUF - 2004) ; Les femmes grecques à l'époque classique (Hachette - 2006) ; La Grèce d'à côté : réel et imaginaire en miroir en Grèce antique (Presses universitaires de Rennes - 2007) ; Economie et société en Grèce antique, 478-88 av. J.-C. (Presses universitaires de Rennes - 2007).

Samedi 21 février 2009 - Deux trôoiennes Miren Arambourou-Mélèse et Ruth Webb ont présenté et dédicacé leurs ouvrages, tout récemment parus, Les Héritiers de Don Juan, Déconstruire la transmission coupable * et Demons and Dancers, Performance in late Antiquity **. (20ème rencontre)
Ce fut une rencontre tout à fait exceptionnelle, exceptionnelle et inattendue. Inattendue parce que, au cours de la préparation de cette rencontre entre ces deux auteures, mais encore au cours même de leurs conférences, il est apparu des ponts importants, des points communs, entre leurs travaux, leurs recherches, leurs ouvrages qui, a priori, n'avaient aucun point commun. Eh bien, Si ! Malgré la distance dans le temps et dans l'espace, malgré l'écart entre les deux sujets, le théâtre grec tardif, et une approche historique, politique, sociale, psychanalytique et surtout épistémologique de la transmission patriarcale et de leur lecture partiale par Freud, eh bien, la rencontre eut lieu. Moment magique partagé par une assistance plus nombreuse que jamais.
* Don Juan est la figure d'un fils contraint, pour se sentir exister, de s'arracher à la domination patriarcale qui soumet femmes et fils. A l'orée du XXe siècle, c'est dans un semblable arrachement que Freud invente la psychanalyse en écoutant les femmes que cette soumission rend folles. Mais sa construction théorique s'appuie sur le mythe grec d'Oedipe pour restaurer l'ordre des Pères qui exclut les femmes de la transmission. La culpabilité essentielle des fils garantirait la répression de leurs pulsions et l'accès aux plus hautes valeurs de la civilisation. L'auteure, psychanalyste praticienne, interroge la validité de cette théorie dans un monde où les femmes prennent toute leur part à la vie de la Cité. Elle propose de prendre appui sur ces nouveaux rapports entre les sexes pour pacifier la transmission entre générations. Miren Arambourou-Mélèse.
** L'histoire fascinante du théâtre du haut empire et de l'antiquité tardive (2e - 6e siècles après J.C.) est peu connue : à l'absence de traces directes des principaux spectacles de l'époque - la pantomime, danse qui représentait les mythes par le gestuel d'un soliste virtuose, et le mime, type de vaudeville souvent improvisé - s'ajoute le mépris des Pères de l'Eglise qui condamnaient le théâtre. En s'appuyant sur les textes, images et documents, cette étude tente de mieux comprendre ces arts complexes et sophistiqués, et d'expliquer leur signification pour les spectateurs de l'époque. Elle propose aussi une relecture des Pères qui montre que leur discours anti-théâtral était souvent motivé par la peur de l'effet puissant des spectacles et de la mimésis théâtrale, et appartient aux luttes culturelles qui accompagnaient la naissance de l'empire chrétien. Ruth Webb.

Samedi 7 février 2009 - Rumeur, diffamation, calomnie, soupçons, harcèlement... ou qui veut noyer son chien l'accuse de la rage par Patrice Bérard avec l'aimable participation de Laetitia Royer et Côme Fredaigne (19ème rencontre)
On trouvera sous ce lien le texte complet de la conférence ainsi que je l'ai annoncé aux nombreux participants présents.

Samedi 13 décembre 2008 - Les thèmes, icônes et métaphores "universels" des contes, légendes et fables (hommage à Michel Aufray) (18ème rencontre) Conférence, projection et débat par Patrice Bérard, diplômé de l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales.
C'est devant une salle comble (et je remercie tous les participants d'être venus si nombreux) que j'ai rendu hommage à la mémoire de Michel Aufray qui fut mon professeur à l'INALCO dans les années 80 en lui dédiant cette conférence sur les thèmes des fables, contes et légendes.
On trouvera sous ce lien l'ensemble des notes que j'avais préparées à cette occasion et les textes les accompagnant.

Samedi 8 novembre 2008 - Rencontre avec Jean-Claude Barreau (17ème rencontre)
Jean-Claude Barreau est un casse-dogme. Ancien directeur de l'Institut National des Etudes Démographiques et directeur du département de culture générale du pôle universitaire Léonard de Vinci, il a su mettre à profit son érudition, ses connaissances et ses compétences pour rédiger un ouvrage sur l'Histoire de la France original et sans concession face aux a priori simplificateurs. Tout sépare un wallon d'un marseillais, un breton d'un alsacien. Et pourtant, ces populations différentes s'entendent dans le même pays, le même "pagus". Constat : la France intègre ; elle est restée romaine dans l'âme et elle a ménagé à la femme, par son catholiscisme, une place plus importante que bien d'autres nations et ceci malgré les apparences. Jean-Claude Barreau parle de son expérience personnelle. Né dans une famille athée, il a lu, à dix huit ans, les textes fondateurs de toutes les religions. Seuls les évangiles faisaient une place à la femme et qui plus est à la femme adultère. Aucun autre texte ne laisse place à la femme dans la société si ce n'est en qualité de servante procréatrice ou de marchandise.
Ce fut une belle leçon d'Histoire. Sans être provocateur, Jean-Claude Barreau bouscule à loisir les préjugés de toutes sortes, fustigeant par-ci la classe dirigeante timorée et trop souvent inculte, ou l'encensant par-là et à bon escient.

Jean-Claude Barreau a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels : Les enfants prodigues – Problèmes des bandes asociales et essai de solutions (avec Marc Oraison et Jacques Rochefort) (Fayard –1962) ; Annonce de Jésus Christ (Le Seuil– 1964) ; Le Prêtre dans la mission (avec Dominique Barbé) (Le Seuil – 1965) ; Demain, la Paroisse (avec Francis Connan) (Le Seuil – 1966); La foi d’un païen (Le Seuil – 1967) ; La reconnaissance ou qu’est-ce que la foi (Le Seuil – 1968); Où est le mal (Le Seuil – 1969) ; L’aujourd’hui des évangiles (Le Seuil – 1970) ; Qui est Dieu ? (Le Seuil – 1971) ; Questions à mon Église (Stock – 1972) ; La prière et la drogue (Stock – 1973) ; Du bon usage de la religion (Stock 1976) ; Les mémoires de Jésus (J.-C. Lattès – 1978) ; Le mur du mépris (Stock – 1978) ; La traversée de l’Islande (Stock – 1979) ; Le vent du désert (Belfond – 1981) ; Les innocents de Pigalle (J.-C. Lattès – 1982) ; Que vive la France ! Des vérités cachées sur l’histoire et l’actualité (Albin Michel – 1985) ; La foi qui reste (Le Seuil – 1987) ; Du bon gouvernement : Des vérités cachées sur l’histoire et l’actualité (Odile Jacob – 1988) ; De l’Islam en général et du monde moderne en particulier (Le Pré aux Clercs – 1991) ; Biographie de Jésus (Plon – 1993) ; Oublier Jérusalem (Actes Sud – 1993) ; Quelle morale pour aujourd’hui (Plon – 1994) ; Les vies d’un païen, mémoires (Plon – 1996) ; La France va-t-elle disparaître ? (Grasset – 1997) ; L’illusion de l’an 2000 (Grasset – 1998) ; Le coup d’État invisible (Albin Michel – 1998) ; Les vrais paroles de Jésus (Albin Michel – 1999) ; Destruction de la France (Plon – 2000) ; Tous les dieux ne sont pas égaux (J.-C. Lattès – 2001) ; Bandes à part – pour en finir avec la violence (Plon – 2003) ; La foi qui reste (Fayard – 2004) ; Toute l’histoire du monde, de la préhistoire à nos jours (avec Roger Bigot) (Fayard – 2005) ; Y a-t-il un Dieu ? (Fayard – 2006) ; Toute la géographie du monde (Fayard – 2007) ; Les racines de la France (Le Toucan, 2008). De nombreux titres ont été traduits en anglais, en allemand ainsi qu’en portugais.

Samedi 11 octobre 2008 - Rencontre avec Jacques Mervant (16ème rencontre)
Où Jacques Mervant, psychanalyste, écrivain, musicien, rencontre, dans ses « Dangereuses Liaisons » le sulfureux Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos, auteur des « Liaisons Dangereuses ».
Dans un grenier du Dauphiné, à l’abandon depuis plus de deux siècles, se trouve une correspondance inédite entre Choderlos de Laclos et plusieurs des personnages de son roman. Jacques Mervant confie cette correspondance à Freud alors que ce dernier se trouve en Autriche, au même numéro d'une rue dont le nom est proche de celui où il réside. Coïncidence, transport, transfert ? Jacques Mervant interroge Freud pour lui demander si cet ensemble ne constitue pas, sous d'autres mots, l'ébauche de ce qu'il a appelé, sans le définir, le
transfert en psychanalyse ?
Qu'est-ce que la psychanalyse ? Que sont les rapports entre les êtres ? Autant de questions qui trouvèrent, au cours de cette rencontre avec Jacques Mervant, merveilleusement menée par Madame Miren Arambourou-Mélèse, psychanalyste, autant de réponses qu'elles ont suscité de questions nouvelles. La psychanalyse ne peut être théorisée. Elle est un instrument de découverte de soi-même par un autre et de sa propre histoire. Jacques Mervant a pris un point d'appui en ces correspondances entre chacun des personnages du roman de Choderlos de Laclos, lui empruntant son style qu'il manie avec brio, lui empruntant des phrases voire des paragraphes entiers, indécelables après même qu'il en a donné la totalité des références, pour montrer, pointer du doigt et de la plume, ce qu'il entend par le transfert, une performance en tous points remarquable. L'assistance ne s'y est pas trompée et le fil ne s'est rompu qu'au soleil couchant, sous la rouge lumière dont la plaine du Loir était alors baignée.
Jacques Mervant est psychiatre et psychanalyste. Il a publié Dangereuses liaisons et Être ou ne pas être né d'une femme, la tragédie de Macbeth aux éditions Alzieu.

Samedi 6 septembre 2008 Rencontre avec Serge Livrozet (15ème rencontre)
Ecrire.. pour qui ? pour quoi ? Je fis la connaissance de Serge Livrozet il y a environ trente cinq ans. Serge est un "personnage", un personnage de film, de roman policier et en lui demandant son concours dans le film L'Emploi du Temps, Laurent Cantet ne s'y était pas trompé.
Serge Livrozet est nature. Il professe avec le même enthousiasme les idées qui furent les siennes quarante ans plus tôt. Il ne change pas. Tour à tour bougon, plaisant, grave ou rieur, il martèle à qui veut l'entendre : "J'ai dix bouquins en préparation, mais à quoi ça sert, à quoi ça sert d'écrire puisque rien ne change."
Ecrire pour qui ? écrire pour quoi ? Serge est quelque peu désabusé. Il a milité. Il a écrit. Il a correspondu pendant ses années de prison avec Michel Foucault avec lequel il créa le Comité d'Action des Prisonniers. Puis il rencontra Sartre, Marin Karmitz, Maurice Clavel, Claude Mauriac et Philippe Gavi avec lesquels il reprit le titre du journal Libération. Mais, avec le recul... Une belle entreprise, Libé, mais très vite récupérée par July qui en fut le fossoyeur. Et les prisons ? Certes, les cellules d'isolement pour récalcitrants ont été peu ou prou abandonnées. Mais, se retrouver à cinq dans une cellule prévue pour deux, est-ce mieux que l'isolement ? Et puis, la prison existe toujours comme instrument à broyer du petit. Elle n'est pas là pour éduquer ou rééduquer, mais pour faire payer, cher, les dérives, réelles ou imaginaires (voir Outreau), du petit peuple, du sans nom, du sans grade ou du gros que l'on veut briser ! Bref, Serge parle, écrit, professe pour sa classe, celle des petites gens, des ouvriers, des voleurs, de ceux à qui l'on demande de peiner en se taisant. Serge est intarissable. Il crie, il dénonce, il vocifère ; mais parler ou écrire est vain. Serge est un Dom Quixotte fatigué de se battre contre des moulins et qui cite allègrement Rabelais. "Faisons bouger nos neurones", dit-il sans cesse, "ne nous faisons pas avoir par des discours creux qui nous empêchent de penser." Et de rêver...

Serge Livrozet a publié : De la Prison à la Révolte, préface de Michel Foucault (Mercure de France, 1973), Diégo ou la vie d'un chien de guerre (Mercure de France, 1974), La Rage des Murs, (Mercure de France, 1974), Hurle ! (Les Presses d'Aujourd'hui, 1976), Aujourd'hui la Prison (Hachette, 1976), Le Sang à la Tête (Les Lettres Libres, 1978), Lettre d'Amour à l'Enfant que je n'aurai pas (Les Lettres Libres, 1979), Jeva de Nazareth (Les Lettres Libres, 1980), Rue aux Ours (Les Lettres Libres, 1981), L'Empreinte (La Brèche, 1989), La Dictature Démocratique (Les lettres Libres, 1992), L'Outrage en plus (Manya, 1992), La Femme Truquée (Encrage éditions, 1994), Nice, Baie d'aisance (éditions Baleine, 1997).
Annie Livrozet a publié Femme de Voyou (Les Lettres Libres, 1984)

Samedi 5 juillet 2008
Les Trois Secrets Conférence par Olivier Jacquemond
(14ème rencontre)
Olivier Jacquemond me prévint, il y a quelques mois, de la parution au début de l'été de son dernier livre, Les Trois Secrets aux Editions Sens & Tonka. Il était enthousiaste à l'idée de venir le présenter à Trôo. Paris, certes, aurait la primeur, mais sans conférence, juste une signature. Trôo aurait les deux !
Olivier Jacquemond, jeune philosophe et professeur au Pôle Universitaire Léonard de Vinci, avait déjà publié, séparément, les deux premiers volets de cet ouvrage où ils sont tous trois réunis. Un travail mené sur cinq années, et un regard rétrospectif sur ces deux premiers esquissé dans le troisième. C'est une expérience délicate que celle de l'écriture d'un ouvrage sur plusieurs années.
C'est devant une salle comble qu'il livra le secret des secrets, y ajoutant la part personnelle qui ne pouvait trouver place dans son ouvrage. Et c'est avec bonheur qu'il répondit aux questions posées par quelques personnalités locales ou nationales présentes dans l'assistance parmi lesquelles Miren Arambourou-Mélèse, psychanalyste et essayiste, Lucien Mélèse, psychanalyste, Jean-Claude Barreau, romancier, essayiste, ancien conseiller de François Mitterrand, Jean-Pierre Klein, psychiatre honoraire des hôpitaux, fondateur de l'INECAT, l'Institut National d'Expression, de Création d'Art et Transformation, essayiste et dramaturge ainsi que Max Fullenbaum (voir plus bas).

Samedi 21 juin 2008
La flore endémique de Trôo Conférence, projection et divertissement animés par Pierre Le Goff (13ème rencontre)
Toutes les plantes dont nous avons projeté les photographies se trouvent sous ce lien : index des plantes
Pierre Le Goff n'entrera jamais dans un café. Ce n'était pas bon pour moi. Mais ce café était aussi une librairie et un lieu de rencontre. Cela s'annonçait mieux. Il poussa donc la porte, celle de la librairie et non celle du café, quand bien même elles ne faisaient qu'un, un après-midi de septembre 2007. Il est devenu depuis un fervent participant des rencontres. Il me proposa un peu plus tard d'animer une rencontre sur les plantes de Trôo. J'acceptais avec joie.
Trôo a une situation privilégiée : une butte orientée plein sud, dominant la plaine du Loir, un milieu minéral qui emmagasine la chaleur pendant la journée, baigné, au petit matin, des brumes évaporées de la vallée. Un climat quasi sub-tropical. Les plantes, et certaines des plus rares, trouvent refuge sur les parties escarpées. Des habitants les protègent ou les domestiquent. Nous avons, entre les mois de février et mai 2008, parcouru les sentiers de Trôo afin de les découvrir et de photographier les plus remarquables.
Après la conférence, suivie par une cinquantaine de personnes, nous avons repris ces chemins et Pierre Le Goff a nommé et détaillé chacune chacune des plantes rencontrées. Une promenade sous un soleil resplendissant qui se termina passé vingt heures autour du pot de l'amitié.

Samedi 31 mai 2008
Le théâtre grec sous l'empire romain (IIe - VIe siècles)
Conférence animée par Madame Ruth Webb, professeur associé aux Universités de Paris X et de Londres. (12ème rencontre)
Madame Ruth Webb partage son temps, son temps de travail, son temps de loisirs, entre Londres, Paris et Trôo. C'est à Trôo qu'elle a écrit l'ouvrage dont elle a donné les clefs le 31 mai sur le théâtre tardif grec, avec beaucoup de talent, en illustrant ses propos des rares images que le temps nous a laissés. Elle a exploré en effet un domaine très peu connu et sur lequel seuls quelques témoignages écrits subsistent. Point de textes directs, puisque les pièces étaient souvent improvisées. Deux genres avaient remplacé, dès le IIe siècle de notre ère, la comédie et la tragédie classiques : le mime, sorte de vaudeville ou de farce, et la pantomime où un soliste muet danse sur scène en interprétant différents personnages, masculins et féminins, issus des mythes antiques. La confrontation alors s'effectue entre le christianisme devenu religion officielle et ce théâtre qui attire des milliers et des milliers de spectateurs. Ce n'est pas seulement le côté païen qui est montré du doigt, le côté souvent érotique ou paillard, mais aussi, et surtout, le principe dominant de l'unicité de la personne humaine, de sa permanence. Les spectateurs ne sont-ils pas transformés après avoir assisté à ces représentations comme le sont les acteurs qui jouent sur scène ? Un thème qui revient au galop dans notre société où les jeux vidéo sont montrés, de la même façon, du doigt.
Madame Webb a publié "Demons and Dancers, Performance in Late Antiquity". Elle animera un atelier d'initiation au grec ancien pendant le mois d'août au Café Littéraire de la Terrasse à Trôo.

Samedi 17 mai 2008
Vos poètes préférés (11ème rencontre)
Rencontre réservée au public, animée et soutenue par Max Fullenbaum et Patrice Bérard
A quelques mètres du Café de la Terrasse, un échafaud tubulaire avait été dressé pour quelques semaines. C'est sur cet échafaud acoustique que se sont succédés les quelques volontaires qui ont lu ou récité les textes de leurs poètes préférés. Cette très belle expérience de récitation en plein air sera réitérée, promis.

Samedi 11 avril 2008
La Mémoire et l'Oubli (10ème rencontre)
Dialogue autour du Devoir de mémoire animé par Max Fullenbaum (1) et Patrice Bérard
J’appris jeudi que notre intervenant, qui devait animer la rencontre du samedi, ne pouvait se dégager de ses obligations familiales et professionnelles. J’aurais pu annuler cette rencontre mais elle était prévue de longue date et je songeais à ceux qui avaient projeté de la suivre et qui ne pourraient être prévenus à temps. Certains viennent parfois de loin et je désirais tenir mes engagements. Je décidai donc de la maintenir, de provoquer un nouveau sujet et demandai à mon ami Max Fullenbaum s’il pouvait me seconder. Il accepta de bon cœur. C’est ainsi que j’élaborais la trame du sujet que je comptais développer, la Mémoire et l’Oubli .
L’argument en était né d’une petite phrase qui avait défrayé la chronique, quelques semaines auparavant, autour du
Devoir de mémoire. Il ne s’agissait pas de le traiter d’une façon politique ou polémique, mais d’analyser ce que sont Mémoire et Oubli à l’aune de la formation, de la transmission et de la transformation de la mémoire collective comme de la mémoire individuelle. Je ne résumerais pas la conférence qui se déroula de façon agréable pour les participants, pour ce qu’ils m’en ont dit à la fin de la rencontre, comme pour les intervenants. Monsieur Max Fullenbaum se chargea de la partie littéraire. Je me chargeais des parties anthropologique et philosophique attachées au sujet. Je remercie au passage Miren et Lucien pour leur participation active et leurs interventions fines et opportunes pendant le déroulement de la rencontre.
Mais à l’attention de ceux qui suivent l’atelier d’écriture je rappellerais qu’un sujet peut se traiter et se développer en élaborant préalablement une table des inverses et des analogues et sur le principe héraclitéen présent dans l’aphorisme :
ils ne comprennent pas comment la chose allant en sens contraire va justement dans le même sens. En l’occurrence, la table que j’adoptais était celle-ci : mémoire ~ oubli ; connaissance ~ ignorance ; vérité ~ mensonge en suivant le fil principal de la transmission. Cette méthode permet d’établir l’ensemble des ponts propres à développer et à circonscrire un sujet tout en en fouillant les moindres recoins.

(1) Max Fullenbaum est écrivain et dramaturge ; il a publié, entre autres : Le Petit Livre des Casseurs (1994, Editions des Mille et Une Nuits, épuisé), Mohair, le livre relié (2001, Voix Editions, épuisé), Soft and Hard (2001, éditions iDLivre), Titanic-banlieue (2003, Editions Cent pages), Neuf, ouvrage illustré de 14 dessins de Dominique le Tricoteur imprimé en typographie (2006, Centre Vendôme pour les Arts Plastiques).

Samedi 1er mars 2008
La ruse et la tentation dans les textes sacrés (9ème rencontre)
Conférence et débat animés par Monsieur Ryad Atlagh, Maître de Conférence à L'Institut National des Langues et Civilisations Orientales
J'étais venu chercher Ryad Atlagh à la gare de Vendôme pour l'amener à Trôo et j'eus l'immense surprise de le voir accompagné de Hachem Mouawieh, l'animateur de la librairie Avicenne à Paris, qui avait tenu à le soutenir pendant sa prestation. Car, il ne faut pas en douter, c'est une épreuve pour un conférencier d'affronter un public qu'il ne connaît pas, un public qu'il doit conquérir. Trôo n'est certes pas Damas, Londres ou New-York où Ryad Atlagh avait déjà, sur invitation, développé le thème de "la ruse et de la tentation" dans les religions du Livre et particulièrement dans le Coran à la suite des articles qu'il avait rédigés sur ces sujets pour le dictionnaire du Coran, ouvrage qui reste la référence des érudits, des philosophes, des laïcs et des religieux, et auquel Abdelwahab Meddeb avait encore consacré une émission sur France Culture le 17 février 2008. Montrant avec finesse et intelligence comment la traduction par saint Jérôme du mot grec signifiant "l'épreuve" par le mot latin signifiant "la tentation" avait fait évolué la pensée chrétienne reprise par la pensée musulmane, Ryad Atlagh a illustré la notion de ruse à l'aide de différents passages tirés de la Bible mais aussi du fil conducteur des Mille et une nuits. Les rédacteurs, les traducteurs des textes sacrés ont décrit, avec la ruse, un procédé courant du comportement humain, général et partagé, mais difficilement classable par les commentateurs en termes de bien ou de mal. Car tout dépend en fait du but pour lequel elle est utilisée. Le Dieu l'utilise, le diable, la femme.. C'est le moyen de l'épreuve par celui de la séduction ou de l'oubli des promesses.
Une prestation de qualité, tout en finesse, et fortement applaudie par une salle comble et conquise par le talent de l'intervenant.

Samedi 9 février 2008
Présentation de l'atelier d'écriture de Trôo
Ce n'était pas une rencontre habituelle, mais celle de personnes passionnées par l'écriture ou simplement intéressées. Que peut-on apprendre de nouveau ? Un clavier d'ordinateur ou un simple stylo ne suffisent-ils pas pour écrire ? On conviendra que le "y-a qu'à.." en a laissé plus d'un le stylo en l'air ou les doigts figés au-dessus du clavier. Conter une histoire.. quelle histoire ? Et comment ? En mettant bout à bout des phrases, comme elles viennent ? Apprendre à écrire, c'est d'abord apprendre à regarder, à noter mentalement ; c'est dresser des listes d'images, de mots, d'inverses, d'analogues ; c'est faire le tri, choisir ; c'est rythmer, enlever, ajouter, biffer, barrer ; c'est connaître toutes les figures et tous les styles et les adapter au texte que l'on veut composer, rejeter les unes ou les uns au profit d'une ou d'un autre ; c'est inventer, bousculer la syntaxe là où il le faut, créer des mots si chacun peut les entendre ou les comprendre. Bref.. cela ne s'invente pas. Cela se travaille !
Pendant plus de deux millénaires, des auteurs, des philosophes, des rhéteurs ont écrit des traités sur la langue et les façons de s'en servir. C'est sur la base de leurs écrits que nous travaillerons, en faisant de fréquentes incursions dans la littérature moderne comme dans la littérature ancienne. Car les textes, discours, pièces de théâtre, romans, épopées, rimés ou non, mais bien écrits, n'ont pas d'âge.
1000 lectures d'hiver Léthé ou cinq monologues de Dimitris Dimitriàdis dits par Richard Graille
Ces 1000 lectures d'hiver, créées à l'initiative du Livre au Centre sont un merveilleux événement qui peut se passer chez vous, dans votre intimité, avec les amis que vous avez invités. Lorsque texte et comédien sont au rendez-vous de l'excellence, alors vous êtes certains de passer une soirée mémorable. C'est ce qui arriva ce samedi 9 février, à vingt heures. Nul doute que chez vous, vous auriez eu le même plaisir. A suivre donc..

Samedi 26 janvier 2008
Thèmes de la tradition orale à Lifou (Nouvelle Calédonie) (8ème rencontre)
Conférence animée par Monsieur Weniko IHAGE, directeur de l'Académie des Langues Kanak à Nouméa
Monsieur Weniko Ihage, en mission pour le Territoire, porte-parole des locuteurs de ces petites langues dont l'année 2008 célèbre l'existence et la vivacité, nous a fait le plaisir d'animer cette rencontre. Il a décrit, avec cette merveilleuse maîtrise des discours dont les kanak font montre, la société de laquelle il est issu, en illustrant ses propos de contes la relatant, la décrivant, de façon allégorique ou métaphorique, mais toujours cryptée. Il faut des clefs pour comprendre, des clefs pour entendre, et, sur quelques contes que, de mémoire, il a récité (en français tout de même..), il les a données. La Nouvelle-Calédonie compte encore vingt-huit langues vivantes. D'autres se sont éteintes à jamais avec la mort des derniers anciens qui les parlaient encore. Ce sont des pans de l'histoire de l'humanité qui disparaîtraient si ces académies et conservatoires des langues n'existaient pas pour recueillir ces textes auprès des derniers locuteurs, parfois réticents, car, la parole, celle qui conte les mythes, celle qui conte l'origine des tribus et clans, est sacrée. Elle ne se transmet pas à n'importe qui, mais au seul destinataire que la société a désigné, le fils aîné. Comme je lui avais rappelé que, bien des années auparavant, il avait apostrophé Jean Guiart, ancien directeur du Musée de l'Homme à Paris et auteur de nombreux ouvrages sur l'Océanie, en lui reprochant de présenter comme des mythes ce qui n'était, pour lui, que des fragments de mythes et que, nécessairement, il devait en manquer le principal, Weniko Ihage me répondit : "Jean Guiart, je l'aime bien.. Il vit en Nouvelle-Calédonie maintenant où il jouit d'une retraite bien méritée. C'est un honnête homme qui a écrit ce qu'il avait à écrire, avec compétence et sérieux, un grand savant, amoureux de cette partie du monde et qui l'avait bien comprise. Je ne me souvenais pas l'avoir ainsi chahuté.. et je le regrette." Eh oui ! Aujourd'hui Weniko Ihage lutte pour que ces textes ne soient pas perdus à jamais. Après qu'ils sont recueillis, trente ans doivent s'écouler après la mort de leur dernier détenteur avant qu'ils soient publiés accompagnés des clefs de lecture, si tant est qu'elles lui soient livrées. Une grande leçon que nous donnent les uns et les autres. La mémoire d'un peuple se mérite et elle mérite avant tout d'être respectée.
En dehors de ce court résumé et pour l'accompagner car il y a sa place, j'adresse à la famille de Monsieur Michel Auffray, qui fut mon professeur à L'Institut des Langues Orientales, et dont j'ai appris le décès récent par Monsieur Weniko Ihage, toute ma sympathie pour la perte de cet être chaleureux qui dirigeait, avec brio et compétence, le département de l'enseignement des langues océaniennes. Son souvenir restera à jamais gravé dans ma mémoire.

Samedi 8 décembre 2007
Images de la Chrétienté Copte (7ème rencontre)
Conférence animée par Monsieur Mahmoud Zibawi, docteur en histoire de l'art, docteur en sciences religieuses.
J'ai rencontré Mahmoud Zibawi à la librairie Avicenne, 25 Rue Jussieu à Paris, une librairie hors du commun, un de ces rares endroits accueillant des visiteurs du monde entier, mordus de littérature méditerranéenne, où juifs, chrétiens, musulmans et laïcs sont chez eux, bref, un lieu à visiter sans tarder. Après que j'ai feuilleté l'un des ouvrages qu'il avait publié chez Picard, j'ai désiré le rencontrer, ce qui advint, un jour, par hasard, à la librairie. Et il m'a raconté... C'est en lisant, à huit ans, au Liban, son pays, un livre sur les églises ornées du Loir (XI° - XIII° siècles) qu'il est devenu qu'il a voulu devenir, et qu'il est devenu plus tard, l'un des meilleurs spécialistes de la chrétienté orientale. Il a parcouru l'Egypte, le Liban, la Syrie, appareil photographique en main, notant, figeant les images, avec autant de passion que de talent. Mais il n'avait jamais vu, encore, ces églises du Loir qui avaient suscité chez lui cette passion. Nous avons pu, en un court moment, nous attarder sur deux d'entre elles lors de sa visite à Trôo. Pendant sa conférence, tout en décrivant les images de la chrétienté copte projetées sur un mur, il a, par touches, rapproché, comparé certaines de ces images à celles des églises du Loir, montrant ainsi les convergences autant que les divergences entre les chrétientés orientale et occidentale. Un grand moment, partagé par une quarantaine de participants, les yeux rivés aux images et les oreilles à ses mots.

Samedi 6 octobre 2007
Rencontre avec la famille MONOD
Conférence animée par Monsieur Luc Monod (6ème rencontre)
Luc Monod est un ancien libraire qui a publié, il y a quelques années, un ouvrage qui fait toujours référence et qui n'a pas été surpassé sur Le livre illustré moderne. Mais c'est aussi un représentant de la famille Monod, famille adulée autant que honnie en France pour son appartenance à l'église réformée. Pas de quoi, aujourd'hui, allumer un brûlot (quoi que.. ) mais au dix-neuvième autant qu'au début du vingtième siècles, les Drumont du parti antisémite ou Maurras de l'Action Française se déchaînaient contre cette famille qui n'en pouvait mais, la vouant aux gémonies. On sait ce que ce genre d'attaque monstrueuse a produit dans l'Europe de la première moitié du vingtième siècle.. La famille Monod est une famille comme les autres, qui a dû produire des cancres, comme partout, autant que des génies, comme partout. La distribution ne se programme pas ! Elle est le fruit du hasard et de la nécessité pour paraphraser Jacques Monod, l'un des illustres descendants de cette famille. Elle marche dans le désert mais le fait partager, ainsi que le fit Théodore Monod.

Samedi 1er septembre 2007
Wittgenstein, un philosophe héraclitéen (5ème rencontre)
Conférence animée par Monsieur Mihaï Gaïta, docteur en philosophie
Ce fut sans doute une gageure qu'a relevée avec brio Mihaï Gaïta : faire entendre, à un public non averti, ce qui rapprochait Wittgenstein, un philosophe autrichien du vingtième siècle, d'un philosophe grec, Héraclite, du cinquième siècle avant notre ère. "Je n'ai pas dit le cinquième de ce que je voulais dire", m'a confié Mihaï Gaïta après sa conférence... Certes, mais tous les participants, une cinquantaine, sont restés bien après la conférence pour converser tant ils avaient été conquis par cette performance. Oui.. C'est un peu la magie de Trôo et celle suscitée par ses participants. Sur un sujet a priori difficile, réservé aux seuls spécialistes, eh bien ! tout s'éclaire, tout s'anime.. On peut aborder la pensée d'un philosophe quand bien même on ne connaît rien à la philosophie. C'est le défit que veut relever le Café Littéraire de la Terrasse : faire en sorte que la connaissance, la culture puissent être appréhendées par chacun. Cette appréhension est possible. Elle est le garant de notre liberté de penser.

Samedi 7 juillet 2007
Lumière ! s'il vous plaît..
Performance réalisée par Monsieur Yann TOMA (4ème rencontre)
Ah! Difficile de parler de Yann Toma. Il le fait très bien lui-même. "Tu veux une performance sur une heure, deux heures, cinq heures, plus.. ?" Yann Toma a repris l'enseigne d'Ouest-Lumière, une entreprise défunte de l'ouest parisien, pour en faire une oeuvre d'art, une oeuvre.. que dis-je ! des oeuvres.. Une oeuvre de communication sans pareille, avec ses ramifications, ses succursales dans le monde entier (et jusqu'à Trôo) une oeuvre plastique, une oeuvre graphique, bref, un monument ! Un monument à notre époque, futile, virtuelle, emplie de mots creux pour ne pas signifier mais communiquer. On a souri, on a ri de bon coeur pendant cette performance organisée avec le concours amical des Editions Jannink. Yann Toma joue avec le réel. Est-ce vrai ? Est-ce faux ? On ne sait. On ne doit pas savoir. Tout est possible. Le vrai est dans la langue, dans le texte, dans le pouvoir de convaincre.. Quant à la réalité, c'est une autre histoire. Mais elle est de celle que l'on ne conte pas !

Samedi 16 juin 2007 (3ème rencontre)
Rencontre avec André Blanc, ancien producteur d'émissions radio et télédiffusées
André Blanc a animé, pendant plusieurs années, une émission hebdomadaire sur France Inter sur la chanson francophone, c'est à dire française, belge ou canadienne. Il les a tous connus, les Brel, Brassens, Trenet, Leclerc, les grands, les petits, ceux dont on parle peu mais qui n'ont pas moins de talent, bref, tous ! On a entendu sa voix pendant des années sur les ondes et il nous a fait le plaisir de venir jusqu'à Trôo pour nous confier la petite et la grande histoire de la chanson francophone en accompagnant son discours de séquences musicales. Ce fut un grand moment, de joie et d'émotion même lorsqu'il me confia : "J'ai maintenant quatre-vingt ans. C'est un bel âge pour arrêter de professer ou de faire des conférences. Je t'offre la dernière..."

Samedi 5 mai 2007 (2ème rencontre)
Histoire de la langue française ou le démon des origines par Patrice Bérard.

Septembre 2006 (Première rencontre) « Entr'ouverture » du Café Littéraire de la Terrasse à l'occasion de la parution de l'ouvrage de Max Fullenbaum, illustré par Dominique Le Tricoteur, « Neuf » aux Éditions du Centre Vendôme pour les Arts Plastiques, en la présence de l'éditeur, Monsieur Jean-Dominique Jacquemond et de nombreuses personnalités locales et nationales.
Les gravois des travaux de rénovation venaient à peine d'être enlevés que nous fêtions l'ouverture prochaine du Café Littéraire de la Terrasse. Max Fullenbaum lut des extraits de « Neuf » et je ne résiste pas au plaisir d'en livrer l'exergue : « Tout mot a une zone érogène cachée par l'habit classique de la signification, de la syntaxe et de la ponctuation. Pour atteindre cette zone, il convient de délivrer le mot de ses atours puis de le coucher nu sur le papier afin qu'il touche les autres mots avant de nous toucher »

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